vendredi, mars 20, 2009

Une histoire encore plus triste que la tristesse

Voila un moment que je n'ai pas continué ma série de billets sur la Corée du Nord. J'y travaille, promis, et d'autres suivront bientôt !

J'écris à présent des chroniques sur le cinéma coréen pour KBS, la radio nationale coréenne, qui produit des émissions en français à destination du public francophone.

Le résultat est lisible ici. D'autres suivront, au rythme d'une chronique tous les vendredis, pendant l'émission Séoul au jour le jour.

Update: KBS est écoutable en France sur ondes courtes sur 6 145 kHz chaque jour de 19H à 20H TU.

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vendredi, mars 13, 2009

Photos de Corée du Nord

Je vous conseille vivement de jeter un coup d’œil à ces superbes photos prises en Corée du Nord, probablement par un expat en poste là-bas. Des documents récents et exceptionnels. Bravo à leur auteur.

[Comté de Kwaksan. Photo de Kernbeisser, tout droits réservés]

http://www.flickr.com/photos/kernbeisser/

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dimanche, mars 08, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (9) - Alerte à la bombe à Hyesan.

Hyesan, capitale du Ryangang, province du nord, tout près de la frontière chinoise. Nous sommes là pour une semaine, toute une équipe du PAM, trois expatriés, nos chauffeurs, et notre inséparable paire de traducteurs-guides-officiers de liaison.

Tensions dans l'équipe. Nous sommes en retard sur nos objectifs de monitoring. Notre demande d'autorisation pour des visites exceptionnelles durant le week-end a été rejetée, et nous allons manquer de temps pour visiter chaque comté. Dans ce contexte d'urgence alimentaire – ou supposé tel -, ce refus nous met en rage. Sans parler de la perspective grimaçante de passer deux jours consécutifs coincés à l'hôtel. Notre officier de liaison a traîné des pieds pour transmettre notre requête : "le samedi est consacré à l'étude, le dimanche au repos", a-t-il martelé. L'ambiance est à la fronde.

Le samedi matin, avec ma collègue, nous oublions de prévenir nos guides pour aller nous promener jusqu'à la grande statue du généralissime, dressée sur un promontoire au centre de Hyesan, à quelques centaines de mètres de l'hôtel. Les rues sont désertes. Nos guides nous avaient annoncé la veille que la province effectuait un exercice d'alerte à la bombe : dans la ville, la population toute entière est supposée se réfugier dans les abris souterrains, et s'y terrer pendant 24 heures. Pendant la nuit, des pétards ont même été tirés, sans doute pour rajouter un semblant de réalisme à l'exercice.

J'avoue que sur le coup, je n'y avais pas vraiment cru. La Corée du Nord manque certes de beaucoup de choses, mais jamais d'excuses foireuses pour nous consigner à l'hôtel. Et l'indigestion de couleuvres apprend le doute et la circonspection. Ce jour-là cependant, nous aurions du écouter nos guides : c'était jour d'alerte à la bombe.

Les rues sont donc vides. Pas un chat. Les passants, les vendeuses à bassine, les tireurs de carriole, les petits vieux assis en bas des habitations… tous ont disparu. Les magasins et les restaurants sont fermés. Ambiance de ville fantôme.

Nous croisons tout de même quelques âmes. Trois militaires en débardeur blanc fument assis au fond d’un camion et nous regardent passer, surpris. Une bande de gamins, bravant l'interdiction, jouent à se poursuivre. Plus loin, sur une grande esplanade, une troupe de jeunes lycéens répète la chorégraphie de masse de la prochaine fête nationale.

Nous arrivons au pied de l'immense statue du père de la nation, tournée vers la ville de Hyesan, laissant la ville chinoise dans son dos. La vue est somptueuse. Les montagnes, hautes et imposantes, nous entourent. Au pied du promontoire coule la rivière Amnok. De l'autre côté, la ville chinoise de Changbai, si proche, presque à portée de main. Le contraste est saisissant. Côté chinois, les routes ont été récemment goudronnées, et de grands panneaux de publicité sont visibles. Un seul pont, qui sert de poste frontière.

Les montagnes côté coréen sont cultivées, parfois jusqu'au sommet. Côté chinois, elles sont recouvertes de forêts. On a moins faim, là-bas.

Nous revenons sur nos pas et longeons l'avenue que l'absence de vie rend oppressante. Une voiture se fait entendre dans le silence derrière nous, et s'arrête à notre hauteur. En sort un responsable du comité populaire local, peu étonné de nous trouver ici.

- Que faites-vous ici sans votre guide, dit-il très poliment. Vous devriez rentrer à l'hôtel. Je peux même vous déposer, si vous voulez.
- Non merci, c'est très gentil, mais nous préférerions découvrir la ville. Nous avons bien besoin de faire une promenade et de nous dégourdir les jambes, après autant de temps passé à l'hôtel.
- Ah oui, mais aujourd'hui, c'est journée alerte à la bombe, vous savez.
- Ah tiens. On va peut-être rentrer, alors.
- Ce serait mieux, oui. Je vous raccompagne ?

Nous rentrons.

Sur le perron de l'hôtel, notre guide est en colère. "Vous ne pouvez pas sortir sans nous. Hyesan est une ville proche de la Chine, et c'est donc très dangereux. Souvenez-vous de ce qui s'est passé à Geumgangsan."

Le mois précédent, une touriste sud-coréenne avait été abattue par des soldats nord-coréens à Geumgangsan.

L'escapade jusqu'à la statue de Hyesan n'a pas vraiment contribué à améliorer l'ambiance dans l’équipe. Le reste du week-end est passé tout, tout doucement.

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