jeudi, juillet 24, 2008

Nouveau depart

Me voila reparti pour le nord, cette fois en tant que consultant pour le Programme Alimentaire Mondial de l'ONU. 3 mois a faire de la distribution de riz dans les campagnes, avec un acces internet plutot reduit donc. Je vais quand meme essayer de mettre a jour ce blog des que je pourrai, notamment lors de mes passages a Pyongyang.

Ce depart de Seoul est un peu precipite, et me laisse un gout d'inacheve. Toutes mes excuses a ceux a qui je n'ai pas eu le temps de dire au revoir, et merci a tous pour ces superbes annees passees en Coree ensemble.

Portez-vous bien, et donnez de vos nouvelles : je reviendrai bientot !

dimanche, juillet 13, 2008

Accident à Geumgang-san

Une touriste sud-coréenne visitant le complexe touristique de Geumgang-san (une montagne au nord ouverte aux touristes du sud par Hyundai Asan, l'entreprise qui est aussi en charge de la zone industrielle de Kaesong) s'est fait abattre le 12 juillet à l'aube par des soldats nord-coréens.

C'est la première qu'un tel accident se produit. D'après les Nord-Coréens, Mme. Park Wong-Ja, 53 ans, était sortie de la zone réservée aux touristes, à 4h30 le matin, et avait pénétré à l'intérieur d'une zone militaire sur plus de 1 kilomètre. Repérée et interpellée par des soldats vers 5h, elle a cherché à s'enfuir. Ces derniers ont alors tiré.


J'ai eu la chance de visiter Geumgang-san l'année dernière, et j'avoue que j'ai du mal à comprendre comment cette tragédie a pu se produire. Des soldats bloquaient partout les zones non-autorisées. Comment a-t-elle pu sortir du complexe touristique ? Qu'est-elle allée faire dans une zone militaire, à une heure pareille ? Pourquoi ne pas avoir obéi aux injonctions des soldats ? Pourquoi ceux-ci ont-ils tiré sur une touriste, visiblement non-armée ?

Il reste beaucoup de zones d'ombres, et peu de chances d'obtenir des réponses.

Cette tragédie va aggraver encore un peu plus la dégradation des relations nord-sud. Les visites à Geumgang-san sont interrompues. Le Nord a refusé au Sud la possibilité de venir enquêter sur ce drame, et a même demandé des excuses à Séoul pour avoir laissé un ressortissant pénétrer dans une zone militaire. Alors que la politique nord-coréenne de Lee Myung-Bak est de plus en plus illisible (après avoir claironné qu'il associera l'aide alimentaire du Sud à une amélioration de la situation des droits de l'homme au Nord, puis avoir déclaré que le Sud ne donnerait de la nourriture que si le Nord en faisait expressément la demande, il a fini par annoncer unilatéralement que le Sud était prêt à offrir 50 000 tonnes de maïs sans aucune contrepartie... offre que le Nord a refusé immédiatement), cette affaire intervient au bien mauvais moment.


[Mise à jour] D'après les dernières nouvelles, il semblerait que la victime ait franchi une barrière recouverte de sable, et n'a pas vu les panneaux interdisant l'accès à la plage. Photos Hankyoreh.

Le parcours de la victime.

La barrière.

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mercredi, juillet 09, 2008

Nicolas Bouvier à propos des Chemins du Halla-san

J'avais déjà parlé dans ce blog de Nicolas Bouvier et de son livre "Les Chemins du Halla-san", paru en 1990, et sans doute le plus beau bouquin en français sur la Corée. Dans une interview sur laquelle je suis tombé récemment, Bouvier parle de la genèse de son texte.

Pourquoi avez-vous eu envie d'écrire sur ce pays?

Parce que j'étais très intrigué par le vide qu'il y a dans notre approche culturelle de l'Extrême-Orient. A juste titre on dit monts et merveilles des cultures japonaise et chinoise. Elles sont très connues et il y a même un certain snobisme à cet égard. Là au milieu, la Corée qui culturellement, au même titre que la Chine, est pourtant la mère du Japon, est dédaignée, oubliée, pour avoir été pendant quarante-cinq ans une colonie japonaise. On n'y avait pas accès et les études coréennes ont été laissées en friche. (…)


J'y suis allé avec ma femme. Il faisait très chaud. C'était au début de la petite mousson, en juin, où il pleut chaque soir et la chaleur est humide. C'était aussi le début du miracle économique. Les gens commençaient à brasser de l'argent, à s'enrichir, mais l'infrastructure touristique était encore très indigente. C'était du voyage dur. On a souvent couché sur une couette à peine épaisse comme le pouce, dans des espèces de bordels où le mur était constellé de chewing-gums que les filles avaient collé derrière elles quand elles avaient besoin de leur bouche. C'était assez canaille et alcoolique. Quand les Coréens boivent, contrairement aux Japonais, ils deviennent extrêmement violents.

Nous nous sommes baladés plus d'un mois dans ce pays, d'une façon töpfférienne, parce que nous nous étions vite rendu compte que dans les bus on était horriblement entassé, que leurs ressorts cassés vous brisaient l'échine et qu'on faisait une moyenne de douze kilomètres heure à cause du mauvais état des routes. Souvent des gens montaient avec des paquets d'une puanteur extraordinaire, il y avait des mouches, on attrapait des poux. Alors nous avons marché. La Corée du Sud est petite, les distances sont tout à fait à la portée d'un bon marcheur. Nous ne nous pressions pas, nous nous arrêtions au gré des petites yeogwans que nous rencontrions et, en dépit de scènes très violentes et déplaisantes auxquelles nous avions assisté, j'ai trouvé à ce pays une originalité, un grain, un coloris tout à fait particulier.

J'ai conservé des images particulièrement précises de cette randonnée et au retour, selon mon habitude, j'ai fait des lectures sur la politique, l'économie, la société coréennes. Ensuite, j'ai laissé ce vin se faire une vingtaine d'années, et je me suis mis à écrire l'an dernier. Je savais qu'un jour j'écrirais. Je voudrais reprendre ces textes et en faire un petit livre töpfférien de cent vingt pages environ – j'aime de plus en plus les petits livres, peut-être parce que le temps passe et qu'il m'est compté -, sans la moindre trace d'exotisme, qui serait écrit comme je pourrais écrire un voyage en Bourgogne, parce que je me suis vite familiarisé avec ce climat intellectuel et moral très particulier. Il y a cette étiquette confucéenne qui au Japon est très adoucie par la présence du shintoïsme, religion de la nature, et par la présence du bouddhisme, religion de la compassion. Les Coréens sont plus libres dans leur manière de s'exprimer et d'agir, mais la société dans laquelle ils vivent est plus rigide, les structures familiales, d'une roideur extraordinaire. Sans doute est-ce pour cela qu'ils sont plus expansifs : ils ont besoin de lâcher de la vapeur, et cette vapeur peut prendre des tours très déplaisants. Quand je vois un Coréen qui a trop bu, je passe au large, ce que je ne ferais jamais au Japon. Les ivrognes japonais sont plutôt sentimentaux.


Extrait de Routes et déroutes, Genève, Métropolis, 1992

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dimanche, juillet 06, 2008

Euljiro

Quartier d'Euljiro un soir. Des salarymen bien imbibés, la cravate de guingois, zigzaguent dans les petites rues en se tenant par l'épaule et en s'encourageant bruyamment. Il fait très chaud malgré la nuit, c'est l'été. Ça sent la viande grillée, le soju, et les poubelles que les patrons des restaurants qui ferment commencent déjà à sortir.

Dans son échoppe minuscule, un vague couloir aménagé comme elle a pu, une ajumma épuisée - elle est sans doute là depuis le matin - pique un roupillon en attendant les derniers clients, qui lui achèteront un paquet de cigarette, ou un esquimau.

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jeudi, juillet 03, 2008

ChoJoongDong n'en peut pub (2)

La campagne contre les journaux ChoJoongDong connait de multiples rebondissements. Le contexte s'aggrave : les importations de boeuf américain vont reprendre bientôt, le gouvernement a durci sa position vis à vis des manifestations en les déclarant illégales, et la protestation continue, plus intense que jamais. Depuis cette semaine, de nombreuses églises ont, pour la première fois depuis la fin des dictatures, participé aux manifestations contre le pouvoir et organisé des messes devant la mairie ; un symbole fort. Hier, une grève generale de deux heures a été menée.

En marge de ce conflit, les manifestants ont clairement fait comprendre en quelle estime ils tenaient le Chosun Ilbo... en allant y déverser leurs poubelles (merci à Vincent pour cette photo plutôt drôle, ainsi que pour les autres récemment postées sur Orient ou Rien). La campagne de dissuasion visant les annonceurs publicitaires des trois journaux conservateurs, surnommés ChoJoongDong, continue ; mais ceux-ci organisent leur riposte.

Sans surprise, la Fédération des Industries Coréennes a accouru à la rescousse, ainsi que le Hanaradang, le parti au pouvoir. Mardi dernier, la Commission des Communications Coréennes (KCC) a platement annoncé que le fait d'organiser une campagne de boycott des entreprises passant des pubs dans ChoJoongDong était illégal. Ils ont pris la peine de préciser que, bien évidemment, le citoyen lambda conservait le droit de boycotter ces journaux, et même de les critiquer un peu.

On est donc autorisé à ne pas acheter le Chosun si on n'en a pas envie, merci la KCC.

Le portail internet Daum se voit contraint d'enlever de ses forums tous les messages en relation avec cette campagne de boycott. Continuant leur offensive contre Daum – qui pourtant se contente de laisser les internautes communiquer entre eux les contacts des entreprises concernées -, les trois journaux vont cesser de fournir au site les informations et articles qui l'alimentent.

La liberté d'expression semble menacée. Les vieux fantômes des dictatures ressurgissent. On reproche par exemple au Chosun d'avoir à l'époque qualifié les manifestants pour la démocratie lors du massacre de Gwangju en mai 1980 de simples émeutiers, et d'avoir ignoré les atrocités commises par le pouvoir dictatorial lors de ces évènements.

ChoJoongDong semblent avoir peur, et à raison. Leur position de media traditionnel est fragilisée. Ils perdent des annonceurs. Leur ligne éditoriale très conservatrice et quasi-systématiquement pro-gouvernementale les éloigne irrémédiablement d'une partie de la population (les plus jeunes) qui ne les lit plus et leur préfere internet.

Pour finir, une anecdote révélatrice de la lutte actuelle entre le pouvoir et les contestataires, dans laquelle les coups se font de plus en plus bas : un jeune policier qui avait demandé à être transféré afin de ne pas devoir affronter les manifestants vient de se faire accuser... d'harcèlement homosexuel contre 13 de ses collègues, une accusation largement suspecte et nauséabonde.

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mercredi, juillet 02, 2008

Pyongyang-Nampo, l'autoroute des héros

Au creux de la grande famine de la fin des années 90, la Corée du Nord a fait construire entre Pyongyang et Nampo une large et impressionnante autoroute (2x5 voies, 48 m de largeur) par des étudiants, sans l'aide d'aucune machine, à la main. Elle a été achevée en 1999. En hommage à l'immense difficulté de la tâche et à ceux qui, épuisés, y sont restés, cette autoroute a été appellée l'Autoroute des Jeunes Héros.

Le 29 juin dernier, Quentin, chef de mission de PU, vêtu de son seul courage et de son marcel logotypé EU, dédaignant la vieille route ombragée qui longe le fleuve jusqu'à Nampo, a pris cette autoroute sous un soleil de plomb, et a parcouru la distance de 42,2 km en 5 heures et 9 minutes.

Un marathon épique, sous les regards étonnés des passants et des enfants. Voici les superbes images de cette performance forcément unique.

Un peu d'ombre... et ca repart.

Le plus dur dans un marathon, c'est ce sentiment de solitude...

L'arrivée.

Nampo, enfin.

Accompagné de quelques amis venu le soutenir et l'encourager, notre marathonien du nord a réalisé une superbe course sous une température élevée (35 C), et a fait preuve d'une belle endurance. Bravo à l'artiste, et à tous ceux qui l'ont aidé !

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