vendredi, mai 30, 2008

La contrepèterie lourde du jour, par Julien (3)

"Alors, tu cours beaucoup en forêt ?"

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jeudi, mai 29, 2008

Heukseok-dong, toujours

Un des aspects particulièrement agréable de Séoul, c'est que cette ville, construite sur des collines, recèle de nombreux coins sympas et cachés, de quartiers semblables à des villages (Heukseok-dong), de petits temples enfouis dans des creux de montagnes, et de nombreux endroits un peu élevés d'où on peut admirer son paysage.

Par exemple, au sommet d'une petite colline à 10 minutes de chez moi, se trouve une sorte de petit hameau de maisons basses et blanches devant lesquelles de braves mamys discutent face à leurs jarres de kimchi et à leurs plantes en pot ; on peut y admirer cette très jolie vue du fleuve et de Yeouido, à laquelle mon pauvre appareil photo ne rend hélas pas justice.

Séoul est une ville immédiatement attrayante (les néons, les gratte-ciels de verre, le bouillonnement perpétuel, les écrans géants), mais elle garde aussi en réserve quelques surprises aux gens qui s'y attardent un peu ; c'est sans doute ce qui rend cette ville si attachante.

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mardi, mai 27, 2008

Durcissements

La côte d'impopularité de Lee Myung-Bak continue de progresser. La confusion gouvernementale au sujet de la reprise des importations de bœuf américain, son obsession autour de la construction d'un gigantesque canal qui traverserait la Corée, sa politique nord-coréenne inintelligible, sa volonté de se montrer conciliant vis-à-vis des excès du nationalisme japonais et de resserrer les liens avec les Etats-Unis, son népotisme, sont autant d'éléments qui provoquent la colère des citoyens. Les manifestations nocturnes à la bougie se multiplient à Ganghwamun. La police se fait violente.

[Photo Hankyoreh]

Ces sujets importants s'accompagnent de décisions symboliques significatives, telle sa décision de cesser de subventionner un comité de recherche historique sur les collabos coréens pendant l'occupation japonaise, dont beaucoup sont proches de la famille politique de Lee.

Deux internautes coupables d'avoir critiqué trop violemment le président ont été jugés, et condamnés à verser des amendes. Un lycéen qui avait déposé une demande d'autorisation pour une manifestation s'est fait interroger par la police et s'est fait convoquer par le directeur de son école.

La peur persistante d'une régression, d'un retour vers les années dures de la Corée des généraux est notamment exprimée dans cet article du Hankyoreh (un journal de centre-gauche) :

In a clear sign of a setback in progress toward democracy, riot police beat protesters and forcefully arrested them in the early morning on May 25 and 26 to disperse a street rally after a candlelight vigil was held to oppose the planned resumption of U.S. beef imports. Democratic achievements, obtained by the Korean people since the pro-democracy uprising in June 1987, have gradually been undermined. Human rights have been suppressed easily enough by intelligence authorities resuming investigations into members of the civilian population. With the government-controlled economic system showing signs of revival, the road to economic democratization has become rockier. Where the law ends, the politics of intervention begins.

Issu du monde de l'entreprise (il était président de Hyundai Construction jusqu'en 92), venu à la politique sur le tard, et bénéficiant d'une image d'ultra efficacité en raison de son passé industriel, Lee a été apprécié pour les travaux réalisés lorsqu'il était maire de Séoul (Chonggyecheon et les couloirs de bus), a profité de la grande impopularité de son prédécesseur Roh, et s'est finalement fait élire sur la présomption qu'il allait redynamiser l'économie coréenne. Il lui reste peut-être aujourd'hui à comprendre qu'on ne gère pas un pays comme on gère un conglomérat industriel.

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samedi, mai 24, 2008

La mauvaise contrepèterie du jour, par Julien (2)

"La Corée est située entre la Chine et les Nippons."

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vendredi, mai 23, 2008

Tiny blair

Pour toutes celles qui trouvent leur nez trop gros, trop épaté, pour toutes celles qui préfèrent les appendices petits et fins, pour toutes celles qui rêvent d'un petit nez pointu, - comme celui qu'ont leurs copines après leur passage tant attendu chez le chirurgien – mais qui n'ont pas les moyen de payer les frais d'une opération esthétique: les Coréens ont inventé... la pince a linge.

Voici une photo de cette superbe invention dénichée grâce au flair d'Arnaud dans une supérette de Séoul :

5 minutes à perdre, un moment tranquille: pif ! une pince à nez, pour le rendre plus beau. Si vous avez du mal à y croire, la notice en anglais, écrite probablement par le traducteur automatique de Google, ne pourra que vous en convaincre:

Un produit vraiment naze.

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jeudi, mai 22, 2008

Le mystère de la grande pyramide

J'avais déjà parlé dans ce blog du Ryugyung, l'immense hotel (330 m, 105 étages) inachevé en plein Pyongyang, cette pyramide caractéristique qui constitue et définit presque à elle seule la ligne d'horizon de la capitale nord-coréenne, et que l'on voit à des dizaines de kilomètres de distance. Le construction de ce que tous appellent la pyramide va être reprise par une entreprise... égyptienne, évidemment.

Ce n'est pas un premier avril, c'est une nouvelle de Yonhap News :

"North Korean authorities restarted the construction of Ryugyong Hotel in April," the sources said, quoting those who recently returned from trips to Pyongyang. (…) Orascom Telecom Holding of Egypt is North Korea's partner for the construction, the sources said.

Orascom Telecom n'est pas une inconnue en Corée du Nord : l'entreprise y a déjà installé le réseau de téléphonie mobile du pays.

Cet hôtel, objet de beaucoup de fantasmes, et de frustrations, avait été construit à l'origine à l'aide de capitaux francais (comme le Yangakdo), en 1987. Abandonnée, une grue avait été laissée au sommet pour sauver la face ("les travaux continuent !"). Puis la pyramide avait carrément été effacée des dernières éditions des cartes de Pyongyang.

On m'avait pourtant dit, suite à des évaluations d'experts australiens, que la structure de l'hôtel était irrécuppérable car trop endommagée : le béton était fissuré, les armatures rongées, etc. J'aimais bien l'idée écolo de Romuald d'y faire pousser de la verdure et d'obtenir une immense pyramide verte et sauvage au centre de Pyongyang.

Autre élément étonnant : on ne peut pas dire que Pyongyang manque de grands hôtels, ni que ceux-ci débordent de visiteurs... Les autorités prévoient-elles une augmentation drastique de visiteurs étrangers pour bientôt ?

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mercredi, mai 21, 2008

La tecktonik débarque en Corée

La France, à travers sa vibrante culture, sa mode et son bon goût, sait toujours éveiller l'intérêt des Coréens, en dépit des remarquables efforts de son centre culturel. Subjuguée par le rayonnement de la France éternelle, la Corée toute entière, après avoir pu s'émerveiller devant Notre Dame de Paris, Jordy, et Jean-François Maurice, découvre avec enthousiasme la tecktonik.

Je suis donc fier de vous annoncer que la première soirée tecktonik aura lieu à Séoul ce vendredi 23 mai :

Sortez vos pots de gel, vos t-shirts moulants et vos paires de jeans les plus serrées : ce vendredi, on agite tous les bras à Hongdae.


(Merci pour l'info à Annie, la plus francophile des Américaines de Corée - "la tecktonik sous youtube, c'est génial, c'est un peu comme si toute la France m'invitait dans ses salles à manger, et ses garages !")

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mardi, mai 20, 2008

Famine (3)

L'agence de presse nord-coréenne, KCNA, vient d'annoncer le 17 mai la réception prochaine de l'aide alimentaire américaine. Cette nouvelle a aussi été diffusée auprès de la population à la radio et à la télévision centrale.

Le communiqué de KCNA inclut notamment la phrase suivante, à laquelle les déclarations des médias nord-coréens sur tout ce qui touche aux Etats-Unis nous avaient jusqu'ici peu habitués :

The food aid of the U.S. government will help settle the food shortage in the DPRK to a certain extent and contribute to promoting the understanding and confidence between the peoples of the two countries.


(Pour ceux qui lisent ce blog à partir de la Corée, le site de KCNA est bloqué - en vertu de lois archaïques datant des dictatures et toujours en vigueur -, mais vous pouvez le consulter via www.anonymouse.org.)

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lundi, mai 19, 2008

Famine (2)

Je devrais regarder plus souvent le blog de Première Urgence, lequel est régulièrement remis à jour. On y trouve quelques photos des inondations, et une interview de Quentin sur Public Sénat au sujet de la famine:

(Les bouts de films tournés à Pyongyang sont tirés d'un vieux reportage sur PU réalisé il y a quelques années.)

De plus, on y apprend que l'hôpital de Pyongsong (une grande ville industrielle au nord de Pyongyang, où on avait passé trois jours pour y installer une station de traitement d'eau en plein centre-ville – un bon souvenir) va être rénové. Après toutes les évaluations que nous y avions faites, voila encore une nouvelle qui me fait très plaisir.

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dimanche, mai 18, 2008

Famine

La Corée du Nord semble de nouveau menacée par la famine. D'après cet article du Monde daté du 17 mai, les Etats-Unis vont y envoyer 500.000 tonnes de nourritures – nouveau signe tangible de la nette amélioration des relations américano-nord-coréennes. Mais cela ne suffira pas :

Selon les estimations du Programme alimentaire mondial (PAM), le déficit de la RPDC se chiffrera cette année à 1,6 million de tonnes sur les 6 millions de tonnes nécessaires pour nourrir sa population. Durant l'été 2007, de graves inondations ont endommagé les récoltes. Pyongyang est en outre victime d'une réduction de l'aide chinoise, en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires, et souffre de la suspension de l'aide de la Corée du Sud à la suite du durcissement de la politique à son égard de la part du nouveau président, Lee Myung-bak.

Lee Myung-Bak a en effet conditionné l'aide humanitaire sud-coréenne au démantèlement nucléaire. Ce processus est cependant aujourd'hui en bonne voie : les officiels du US State Department ont reçu exactement 18 822 pages de documentation sur le programme nucléaire nord-coréen (et ont tranquillement franchi la DMZ avec, voir photo ci-dessous), tandis que le démantèlement et les visites du réacteur de Yongbyon se poursuivent. On parle même de la suppression imminente de la Corée du Nord de la liste des états supportant le terrorisme.

Cependant, à la reprise des convois de riz, de ramyeon et de chocopie au nord (Véridique. Séoul a envoyé des chocopie pendant les inondations de l'année dernière), Lee a ajouté la condition suivante : le sud fournira de l'aide alimentaire au nord seulement si ce dernier en fait la demande officielle. Une condition qui, étant donné la fierté des Nord-Coréens et l'exécrable état actuel des relations nord-sud, me semble pour le moment difficile à remplir.

Pour info, le PAM lui aussi fournit de l'aide seulement si le pays touché en fait la demande; cela a notamment été le cas en août 2007.

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jeudi, mai 15, 2008

La contrepèterie du jour

Dominique Strauss Kahn il y a quelques années, face à l'Assemblée Nationale, au sujet de la crise financière en Corée :

"Ce cas de Corée me turlupine."


(Merci à Julien pour cette information en or)

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mardi, mai 13, 2008

DiSKrimination (2)

Suite au post concernant les menues discriminations quotidiennes dont les étrangers sont parfois victimes, une intéressante discussion s'est développée dans la section commentaire au sujet du service militaire coréen.

En Corée, le service militaire est obligatoire pour tous les citoyens masculins en âge d'y aller, exceptés... ceux qui ne ressemblent pas à des Coréens : ainsi, un métis dont l'un des deux parents n'est pas asiatique ne peut y entrer. Il existe une loi, se basant sur des critères explicitement racistes, afin de barrer l'entrée au service militaire aux non-bridés (je n'aime pas du tout ce mot, mais là, je ne vois vraiment pas comment dire autrement), ou des pas-assez-bridés.

Ci-dessous, une traduction - fruit des efforts soutenus de Julien et Vincent - d'un article du Joseon Ilbo sur le sujet :


Doit-on envoyer les métis à l'armée ?

2004.02.25 - Joseon Ilbo

"Il faut immédiatement annuler l'article discriminatoire de la loi empêchant les métis de faire leur service militaire et qui différencie les gens par le sang." (ONG Hi Family)

"Jusqu’à ce que la société devienne sans préjudice ou sans souffrance à l'égard des métis, ceux-ci doivent être protégés de leurs différences en les exemptant du service militaire" (fondation Pearl Buck)
[NdT. Pour info, Pearl Buck a grandi en Chine dans une famille de missionnaires et a milité après la guerre pour l'adoption d'enfants asiatiques et de métis, ce qui jusque là n'était pas possible en Amérique]

L'Association Nationale pour les Droits de l'Homme (dont le responsable est Chang-Gook Kim) a récemment présenté les résultats d'une enquête dont l'objet est la réforme nécessaire de la loi raciste qui exempte les métis du service militaire sur la base de "différences physiques évidentes". Cette réforme a soulevé des critiques de la part des métis et de leurs associations.

Depuis l'ordonnance de 1972, les métis ne vont plus à l'armée. Selon la loi relative au service militaire, "les enfants métis qui ont des différences physiques apparentes et qui n'ont pas été élevés par leur père de famille" sont classés inéligibles et sont donc exemptés de service militaire.

L’Association Nationale pour les Droits de l’Homme a exprimé la nécessité de réformer la loi, s’appuyant sur un rapport intitulé "enquête sur les conditions actuelles des droits des métis dans les quartiers avoisinant les bases militaires américaines" qui stipule que "la différence raciale ne doit pas être une condition d’exclusion pour l’entrée à l’armée". Ce rapport a été réalisé pendant 7 mois par le groupe d'activistes My Sister’s Place (Durebang) qui défend les droits des femmes issues de ces quartiers.
[NdT. Ces quartiers sont appelés "kijichon" (기지촌) dans l'article. Techniquement, ce sont des quartiers situés à côté des bases militaires américaines. Une partie des femmes travaillant dans ces quartiers sont des prostituées, mais pas toutes. Ittaewon peut être considéré comme un 기지촌].

L'Association Nationale pour les Droits de l'Homme qui a présenté, en décembre dernier, un rapport intérimaire basé sur la même enquête souligne que "la loi du service militaire est suspectée de discrimination car la distinction des métis par leur apparence physique est subjective et ambiguë; et surtout, la clause de "l’absence du père" sépare spécifiquement les enfants métis issus des kijichon".

Concernant ce point dénoncé par l'association, Joseph Kim (44 ans), fils d'un pasteur coréen et d'une mère américaine, est du même avis : "Ne pas faire le service militaire à cause de son apparence ou de la couleur de sa peau n'est pas une raison valable. Quand j'étais en deuxième année d'université, j'ai passé avec succès les tests d'aptitude physique mais quand on m'a dit que la cause de mon exemption était mon métissage, j'ai ressenti un profond sentiment de privation."

Cependant, la plupart des métis, tout en reconnaissant les problèmes inhérents à la législation actuelle, ne sont à priori pas d'accord à l’idée de la disparition de l’exemption du service militaire en leur faveur. Boowon Kim, 56 ans, métis d'origine américaine: "Nous autres métis ne subissons pas des discriminations uniquement à cause de notre apparence extérieure, notre odeur distinctive nous pose aussi des problèmes quotidiens. Si possible, il serait souhaitable que nous n’y allions pas". A la fin des années 60, M. Kim s'est enrôlé volontairement et a participé à la guerre du Vietnam, avant la révision du service militaire.

De même, la position des groupes de soutiens aux métis reste contradictoire.

Jiyong Lee, responsable des aides sociales à la fondation Pearl Buck qui soutient depuis 1964 les enfants métis en Corée, est opposée à l'obligation du service militaire pour ces derniers : "Il semble que l'exemption du service militaire pour les enfants métis ait été à l’origine prise pour les protéger de l'exclusion et d'autres désagréments". Selon le résultat d'une enquête menée par la fondation, il est apparu que 9,4% des élèves du primaire et 17,5% des collégiens métis suivis par la fondation abandonnent l'école parce qu'ils souffrent d'ostracisme et de difficultés financières. De plus, cette enquête nous révèle que le taux d’emploi des métis adulte est seulement de 44% ; la grande majorité d’entre eux sont des travailleurs journaliers, ou sont employés comme intérimaires dans des petits boulots. La fondation Pearl Buck affirme que "les problèmes dus aux discriminations n'ont presque pas évolué, et qu'il serait prématuré d'imposer le service militaire aux métis".

D'un autre côté, depuis l'année dernière un mouvement citoyen appelé "Cher métis, vous êtes des nôtres et non des étrangers " s'est développé. Gil-Won Song, directeur de "Hi family", une association menant campagne pour l’abolition des discriminations envers les métis, affirme que "cela ne répare pas les préjudices subis par les métis, et l’idée de départ qu'ils ne peuvent a priori pas s'adapter au service militaire est une absurdité. Jusqu'à présent la loi sur le service militaire prive les métis d'une opportunité, et les isole de la société". Il s'est réjoui du rapport de l'Association des Droits de l'Homme, dont l'objet est la réforme préalable de la loi.

D’après M. Song, "quand on rencontre des métis, il y en a beaucoup qui nous disent qu'ils ne peuvent pas aller à l'armée même si ils le veulent". On doit comprendre parfaitement la déplorable connexion qui est faite : les métis échouant dans les entretiens d’embauche pour la raison qu'ils sont métis pourraient se tourner vers l'armée professionnelle pour trouver du travail, mais cela n'est même pas concevable.

Selon le rapport réalisé par l'Association des Droits de l'Homme, on estime qu'il y a en 2004 environ 500 métis qui résident en Corée. C'est à partir de 1968 que l’on observe la baisse du nombre de métis nés de relations entre soldats américains et Coréennes vivant autour des bases militaires. Cependant aujourd’hui, avec l'arrivée de travailleurs étrangers et la hausse du nombre de mariages internationaux, le nombre d’enfants métis a considérablement augmenté, et la question de leur service militaire devient un problème de société.

(…). Kyeong-tae Park, de l’association Durebang et responsable de l'étude, explique que "parmi les métis, certains veulent aller à l'armée; cependant, si cela était possible, les discriminations dont ils pourraient être les victimes sont prévisibles. Plutôt que de se poser la question "service ou exemption ?", il serait désirable d'offrir aux métis des postes dans la fonction publique ou d'autres options dans la mesure où ils sont désormais acceptés par la plupart des Coréens comme citoyens à part entière".

(Joseon Ilbo - Avril 2004)


Un article révélateur. En dehors des gros doutes que je me permets d'émettre quant à l'estimation de 500 métis en 2004 (il y a des villages provinciaux de Corée où la moitié des effectifs des écoles sont constitués d'enfants issus de mariages internationaux, le plus souvent entre des Coréens et des femmes venues d'Asie du Sud-Est), l'article soulève un point grave. Je ne crois pas que la loi ait été changée depuis.

Il est aussi intéressant de noter que l'enfant doit être élevé par son père – symptôme d'une société viscéralement patrimoniale. Comme si on devenait coréen par son père, et non par sa mère. La loi – changée sous Roh Moo-Hyun - exigeait il y a encore peu que chaque chef de famille soit un mâle. Dans le cas des familles monoparentales, on inscrivait sur le livret de famille le grand-père, ou un oncle.

On reproche souvent aux Coréens leur racisme latent, conséquence de siècles de fermeture au monde et d'une éducation enseignant à des générations d'écoliers que le sang coréen est parfaitement pur. Dans une société qui s'est aujourd'hui ouverte à l'extérieur, et où les mentalités évoluent lentement sous la pression des échanges croissants avec l'extérieur et de la hausse du nombre de mariages internationaux, il est sans doute temps que la Corée apprenne à se débarrasser de ses vieux réflexes racistes et honteux.


(merci une fois de plus à Julien et Vincent pour leur superbe boulot de traduction et d'édition)

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lundi, mai 12, 2008

Kumcheon

Le blog de Première Urgence vient de publier un article sur l'hôpital de Kumcheon en Corée du Nord, que nous avions rénové grâce à l'aide de fonds européens et suédois. Le bloc opératoire notamment avait été totalement reconstruit. Parti trop tôt, je n'avais malheureusement pas pu assister à l'achèvement des travaux.

Le résultat final fait plaisir à voir.

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dimanche, mai 11, 2008

Deux thés et un perroquet

Photo prise dans un bar à thé d'Insa-dong, reposante arche de Noé à la superbe décoration traditionnelle en bois poli, et remplie de nombreux petits animaux qui gambadent un peu partout.

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vendredi, mai 09, 2008

Cheonggyecheon

J'ai toujours été un grand fan de Cheonggyecheon, le canal construit par Lee Myungbak alors qu'il était maire de Séoul (et qui, pour info, a vu ces jours-ci sa chute de popularité dégringoler à 29%, seulement 70 jours après son élection… un record du genre. Il a récemment fait marche arrière sur ses ambitions d'ouverture du marché pour le bœuf américain, et c'est désormais le flou total sur ce sujet)

Cheonggyecheon est une petite rivière qui coulait dans le centre de Séoul, dont le cours capricieux inondait régulièrement les riverains de l'époque. Les dictatures, lors de la modernisation et du bétonnage de Séoul, l'ont ensuite totalement recouverte par une large avenue dédiée au trafic et traversant la ville. En 2006, la municipalité a fait rouvrir la rivière et fait construire un canal pour juguler son cours. L'énorme avenue qui la recouvrait a disparu, offrant aux Séoulites une artère de verdure en plein centre ville, un superbe espace traversant la ville. Un succès, qui n'a d'ailleurs pas été pour rien dans l'élection triomphale de 2MB.

Par analogie avec le processus d'Hausmannisation qui a transformé Paris, et par conséquence la vie parisienne, j'avais écrit à l'époque que l'ouverture de Cheonggyecheon modifierait en profondeur la façon dont les habitants de Séoul vivent leur ville. Et, à la lumière de ce qui se passe maintenant, je le pense toujours : on peut observer aujourd'hui de nombreux couples se promener le long des berges, des familles s'y prendre en photo, ou encore des employés de bureau y manger leur sandwich pendant la pause de midi. L'esplanade de Ganghwamun, où la rivière "prend sa source", est devenu un lieu de manifestations diverses, de concerts, d’évènements, ou encore un point de ralliement des protestations, comme en ce moment contre le bœuf américain.

Des groupes de musiques s'installent en été sur les ponts qui l'enjambent. Les berges sont utilisées pour des expositions de photos, de sculptures. Le canal est devenu un véritable centre culturel en plein air. Sur ces photos prises hier soir, on peut voir les lanternes qui y sont accrochées en ce moment pour célébrer l'anniversaire de Bouddha.

Dans une société qui est devenue une société de loisirs, et dans une ville qui s'ouvre à l'extérieur, et où se multiplient les cafés et les restaurant en terrasse, Cheonggyecheon a bouleversé, pour le meilleur, le centre de Séoul. Elle lui a enfin donné un axe autour duquel la cité s'articule, et au long duquel ses habitants se retrouvent.

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jeudi, mai 08, 2008

L'orchidée bouddhique de l'ouest

Une intéressante discussion a fait suite au message sur le boeuf américain, autour de la façon d’écrire le mot "France" en coréen et en chinois.

France s'écrit en chinois 法國, "faguo". Le caractère "fa", 法, signifie la loi, et a sans doute été choisi à la fois pour sa sonorité, proche du "fra" de France, et pour le fait que la France est le pays de Descartes, Montesquieu, (L'Esprit des Lois...) La France, le pays de la loi.

Qu’est-ce que ça donne en coréen ? Alors qu'autrefois on utilisait 법국 (prononcer "Beobguk"), simple réécriture en hangeul de 法國, aujourd'hui on est passé au 프랑스 ("Peu-lang-seu"), transcription phonétique de "France". Vincent a écrit à ce sujet ce commentaire très intéressant :

"Effectivement, les Coréens utilisaient plutôt le terme de 법란서 (法蘭西, ou "Beol-lan-seo"), proche du 법국 (法國) chinois, avant l'occupation japonaise. Mais suite à l'influence nippone, le terme 불란서 (佛蘭西 – "Bul-lan-seo") est devenu plus populaire, la sonorité étant plus proche de "France" en japonais. (Mes parents et mes grands-parents utilisent encore de temps à autre ce terme.) Si ces caractères chinois avaient un sens, la France signifierait "l'orchidée bouddhique de l'ouest", un brin poétique tout ça.

Les Coréens et les Japonais utilisent désormais les termes 프랑스 et フランス (katakana pour 후란스), phonétiquement plus fidèle à notre chère France. Autre raison du changement en 프랑스, la Corée rejette fermement tout ce vocabulaire japonisé accumulé durant le siècle dernier. A l'instar de 다꽝 (forme correcte 단무지), 만땅 (forme correcte 가득, faire le plein) ou 산보 (forme correcte 산책), ces termes sont aujourd'hui bannis."

Merci beaucoup pour ces commentaires éclairants. Si je peux me permettre de rajouter quelque chose, il me semble que le terme 산보 est toujours en usage en Corée du Nord.

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mercredi, mai 07, 2008

Les bonnes nouilles de Pyongyang

Les Nord-Coréens sont fiers de ne pas avoir de publicité chez eux. A quelques exceptions près – notamment les pubs pour Pyonghwa motors, une joint-venture qui produit des voitures pour le marché nord-coréen -, c'est vrai.

Ils ont cependant le karaoké, qui, via un immense répertoire de chansons de tous types, permet d'assurer, en dehors de ses fonctions traditionnelles de propagande, la promotion de choses en apparence plus triviales, comme ici un restaurant célèbre, le 옥류관 (Oknyukwan), réputé pour ses nouilles froides.



La chanson s'intitule "Les nouilles froides de Pyongyang sont les meilleures". On ne rit pas ; grâce à l'utilisation de microscopes, la Corée du Nord nous fait entrer de plein pied dans l'ère des grandes nouilles scientifiques.

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mardi, mai 06, 2008

Boeuf américain

Manifestations ce week-end à Jongno, dans le centre de Séoul. Les Sud-Coréens protestent contre le projet récemment annoncé de Lee Myung-Bak d'autoriser de nouveau les importations de viande de bœuf américain sur le marché coréen. 2MB (2 Megabytes, le petit surnom du président) avait fait cette déclaration durant sa visite officielle aux États-Unis il y a deux semaines.

Lors de cette visite, Lee Myung-Bak a voulu montrer sa ferme volonté de rapprochement avec les États-Unis par une série d’accords plutôt spectaculaires : en plus de la réouverture du marché pour le bœuf américain, le plan de réduction d’un tiers des effectifs des troupes américaines stationnées en Corée a été annulé (28 500 militaires US sont présents sur la péninsule. Ils y resteront). Et les Sud-Coréens n’auront plus besoin de visa pour entrer sur le territoire américain.

Ce rapprochement Corée-US –qui s'accompagne d'un regain de tension avec la Corée du Nord- est mal perçu par une population qui ne comprend pas qu'on fasse de tels cadeaux à une administration Bush en toute fin de mandat. Le Sarkozy de l'Asie voit lui aussi sa côte de popularité atteindre des niveaux records, moins de 6 mois après son élection. (seulement 35% des personnes interrogés le soutiennent). Ce weekend-end, 10 000 manifestants portant des bougies ont défilé dans le centre-ville.

Le bœuf américain était interdit depuis 2003 en raison d'un cas de vache folle. On reproche au gouvernement de ne pas avoir conduit d'étude sérieuse sur le sujet, au contraire du Japon, qui a lui aussi aboli la viande américaine. Discussion jeudi et vendredi à l'assemblée nationale sur le sujet.

Sur cette photo prise ce week-end à Jongno, le slogan "대통령님, 국민들이 미치겠어요!" signifie : "President, le peuple va devenir fou !". 미치겠다 est une expression largement en usage et qui a un peu le sens de : "ah, ca me rend dingue !". Un deuxième jeu de mot : le "mi"(미) de 미치겠다 a été remplacé par le caractère chinois "美" de 미국 (Etats-Unis), à la prononciation identique.

(Note: ce caractère "美" signifie la beauté. Les Etats-Unis devenant ainsi, en caractères chinois, le "beau pays". Au Japon, pour écrire le nom des Etats-Unis, c'est un autre caractère, "米", qui a été choisi, celui du... riz.)

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dimanche, mai 04, 2008

Manhwa

Cela fait longtemps que je voulais parler dans ce blog d’une excellente BD coréenne, 위대한 캣츠비 (Le Grand Catsby, écrit et dessiné par Kang Doha, traduite en francais chez Casterman sous le simple titre de Catsby). Une BD qui a commencé par être publiée sur le web, jusqu'à ce que le nombre de fans soit suffisamment important pour intéresser un éditeur.

Son dessin animalier (Catsby est un chat, son meilleur ami une espèce de chien à grand museau, etc.), aux couleurs vives et au trait simple, est trompeur : l'histoire traite des galères quotidiennes d’un jeune sud-coréen au chômage, squattant chez son ami, et plaqué par sa copine qui a décidé de se marier avec un homme riche, et âgé.

Un tableau de la société coréenne, dans toute sa dureté. Les personnages résistent, se débattent comme ils peuvent, mais les horizons sont mornes. Mariage de raison, pressions familiales et sociales, agence matrimoniale qui classe ses clients par catégorie (Catsby doit rencontrer une fille "de niveau C", le plus bas), lutte pour la survie, importance des liens d’amitié, et l’alcool, pour tout faire passer.


Le récit, plutôt sombre malgré quelques moments drôles, a pour décor un quartier de Séoul en voie de destruction, semi-bidonville de maisons basses et de ruelles sinueuses, un de ces "quartiers de la lune" comme on les appelle, promis aux grues des promoteurs. Catsby habite l’oktabang de son ami (un oktabang est une toute petite maison située sur les toits - un moyen bon marché de se loger à Séoul.) Un décor qui me rappelle Heukseok-dong, et mon cabanon haut-perché.


C’est sans doute, avec l’excellent "Rapport sur l'état du Marécage" de Choi Kyu-Seok (en coréen 습지생태보고서, publiée en français sous le titre Le Marécage chez Casterman), à la tonalité plus drôle mais tout aussi critique, une des meilleures BD coréennes que j'ai pu lire jusqu'ici : graphiquement réussie, captivante, et juste.

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jeudi, mai 01, 2008

Sur Séoul

Je viens de commencer à lire Séoul, l'invention d'une cité, écrit par Benjamin Joinau (éditions Autrement, 2006), une compilation d'entretiens avec des Séoulites qui parlent de leur ville et de la société coréenne en général. L'introduction au bouquin offre une belle description historique, géographique et sociale de Séoul, malheureusement trop courte. Extrait:

Ce n'est pas pour rien que le nouveau mot à la mode à Séoul est "ubiquité": désir mégalo d'être partout à la fois, tentation d'un monde sous la coupe d'un Big Brother sans visage, mais aussi envie de se soulager des années d'inconfort et de manque pour jouir enfin de la vie… Paradoxes partout dans cette ville-monde complexe où tout se trouve, se rencontre et finit par se mêler. Il est impossible de parler de Séoul en noir et blanc : la palette de la critique doit créer bien des demi-teintes pour rendre ce feu d'artifice de bruit et de fureur…"Dynamique": adjectif omniprésent exprimant le diktat de cette passion coréenne qui se découvre elle-même avec fascination et auto-satisfaction, il revient pourtant naturellement aux lèvres pour qualifier cette "forteresse mouvante", comme la décrivait l'écrivain Hwang Sun-Won dans un superbe roman éponyme. Comme dans la chanson sur New York, tout le monde, étrangers compris, veut en faire partie, de cette cité qui ne dort jamais. Monde flottant aux yeux toujours cernés d'alcool et de sexe, de travail et d'excès, Séoul avance vers l'avenir dans un semi-brouillard, une demi-ébriété inconsciente. Cette ville, avec ses milliers de porteurs, livreurs, marchands ambulants, tous ses échanges et ses trocs, ses transits et ses transports, est un espace de flux et de labilité, monde fluide d'impermanence où s'impose la métaphore marine du flot et du flottement.


(note: labilité (nf). Caractère de ce qui est labile, peu stable, changeant.)

Lu dans cette même introduction, une citation de Patrick Maurus qui, dans son Passeport pour Séoul, a écrit:

Il ne faudra pas prétendre trouver le vrai Séoul en quelques jours, sous prétexte de la découverte d'une ruelle derrière une barrière de grands immeubles ou de la rencontre d'un Coréen. C'est d'ailleurs un lieu commun de la visite que ce vrai derrière les apparences. Dans une mégalopole comme celle-là, c'est un contresens. La vraie ville est dans son gigantisme, pas derrière.

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