lundi, mars 31, 2008

La distance

Partir à l'étranger, s'y installer, s'y créer des liens, c'est un jeu. Etre loin des siens est devenu une abstraction aujourd'hui : le téléphone, internet, la visio, donnent cette illusion persistante d'être tout proche. Je ne suis au fond qu'à 12 heures d'avion de Lyon.

Mais quand un drame arrive, la distance, dans toute sa brutalité, nous rappelle douloureusement à l'ordre. Elle devient intolérable. Je suis loin des miens, et je ne peux donc pas être à leurs côtés pour partager leur peine et leur douleur. Je suis un absent.

Le jeu cesse.

Temps sombre et gris à Pékin ce week-end. Je vais essayer de rentrer en France dans les prochains jours, pour quelques jours.

jeudi, mars 27, 2008

Petite leçon de coréen pratique

Suite au post sur le Sarkozy de l'Asie, et en écho à l'article du Monde relatant les difficultés de traduction de l'envolée présidentielle, il est intéressant de remarquer que les journaux coréens n'ont pas pu s'empêcher de faire preuve de retenue lorsqu'il a fallu traduire dans la langue de Sejong le langage fleuri de notre président.

En effet, même si le coréen dispose d'une palette colorée d'insultes et de mots vraiment vulgaires, il semble avoir été difficile d'imprimer mot à mot le fameux "casse toi pauvre con" dans les pages sérieuses des journaux.

Ainsi, on a pu lire :
가버려, 이 멍청아 ("Va-t-en, imbécile.")

Ou encore :
그럼 저리 가버려 ("Dans ce cas, va-t-en là-bas.")

Cependant, la traduction idéale semble être plutôt:
그럼("ben"), 꺼져("casse toi"), 꺼져 ("casse toi !") 불쌍한("pauvre") 머저리야 ("con").

N'hésitez pas à faire part de vos suggestions dans la section commentaires… Et un gros merci aux inestimables talents de linguiste de Vincent, toujours là pour m'apprendre les mots vraiment utiles.

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mardi, mars 25, 2008

Le Sarkozy de l'Asie

C'est ainsi en tout cas que Newsweek voit Lee Myung Bak, le nouveau président coréen, sur la couverture de son numéro de début mars, publié avant les élections municipales françaises donc. Je ne suis pas sûr que cela porte chance à son parti, en cette veille d'élections législatives coréennes.

Notre hyperprésident semble ainsi avoir toujours la côte aupres de certains journaux américains, et Newsweek pose la question :

But is South Korea really ready for a Sarkozy-style pragmatist who embraces Washington, the English language and big business (…)?

"Sarkozy-style pragmatism"? Sacrebleu, le French soft power n'est donc pas mort !

L'article est aussi l'occasion, une fois de plus, de critiquer la politique menée par Roh et Kim, ses prédécesseurs : Roh Moo Hyun and Kim Dae Jung, who emulated the Northern European social model, raising the welfare budget by an average of 18 percent a year. The public sector mushroomed, taxes soared and private enterprise struggled under increased regulations. Roh in particular emphasized redistributing wealth to Korea's have-nots, and his pro-labor, anticonglomerate stance discouraged investment. (…) Like France's President Nicolas Sarkozy, Lee is also determined to improve ties with the United States, which were badly damaged under Roh.

Et... à quand le remariage de Lee Myong Bak avec Lee Hyori ?

(Merci à Jef pour la photo)


PS. Désolé, mais je peux pas résister à celle-la... Comment le Sarkozy de Corée devrait dire : "casse toi, casse toi pauvre con" en coréen ?
Réponse: "꺼져 꺼져 이 개 새끼야!". ("keojyo keojyo yi kaesaekia")


(A l’intention mes amis coréens qui lisent ce blog mais pas l'actualité française : il s'agit d'une insulte proférée par le président français en février dernier et destinée à un quidam un peu agressif. Cela a fait couler beaucoup d'encre en France.)

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lundi, mars 24, 2008

Jun

Le petit Jun est né le 4 mars dernier à la maternité de Pyongyang. C'est le premier bébé français né en Corée du Nord.

Toutes mes chaleureuses félicitations aux heureux parents Christine et Michel, attendez un peu avant de lui apprendre des chants révolutionnaires !

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dimanche, mars 23, 2008

Pluie

Dimanche pluvieux à Heukseok Dong.

De la même façon que les jardins japonais sont plus beaux sous la pluie, les petites ruelles détrempées du marché y gagnent quelques charmes.

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vendredi, mars 21, 2008

Space kimchi

Ca y est ! Miracle de la technique, summum du génie coréen, gloire d'une culture vibrante prête à s'envoler vers l'infini, c'est un petit pas pour l'homme mais un grand pas pour Tangun : les Coréens ont réussi à fabriquer du kimchi qu'on peut envoyer dans l'espace.

Alors que la Corée s'apprête à envoyer sa première astronaute dans les étoiles (l'homme qui devait être envoyé à l'origine par les Russes s'est fait recaler pour espionnage: il a posté quelques manuels de vols russes chez lui "par erreur"), la population peut souffler, rassurée : elle ne mourra pas de faim. Après des années de recherche intensive, des millions de dollars et des dizaines de scientifiques top niveau sur le coup, la Corée a réussi à fabriquer du kimchi des étoiles.

Je vous recommande la lecture de cet article du IHT, débordant de perles, et qui en dit long sur la fierté coréenne :

"If a Korean goes to space, kimchi must go there, too," said Kim Sung Soo, a Korea Food Research Institute scientist.

On ne rit pas ; le kimchi est potentiellement dangereux : "Ordinary kimchi is teeming with microbes, like lactic acid bacteria, which help fermentation. On Earth they are harmless, but scientists fear they could turn dangerous in space if cosmic rays cause them to mutate." Du kimchi mutant, je n'ose imaginer l'état des frigos de Baikonour.

Car le kimchi est tellement plus que du chou fermenté : "Since I am taking kimchi with me, this will help cultural exchanges in space.(…) Lee said: "This will help globalize kimchi."

Et vive la mondialisation du kimchi.

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jeudi, mars 20, 2008

Combat des chefs à Heukseok-dong

J'aime bien les raccourcis que la vie offre parfois. Après avoir trébuché hier matin sur Chung Dong-Young en prenant mon bus, ce midi à un repas organisé par la Chambre de Commerce Européenne j'ai assisté au discours donné par Chung Mong-Joon, qui était invité d'honneur.

Vice-président de la FIFA, candidat à la présidentielle de 2003 (pour un autre parti, certes), fils du fondateur de Hyundai, richissime, Chung Mong-Joon est un poids lourd du parti actuellement au pouvoir, le Grand National Party (한나라당). Et il se présente aux prochaines élections législatives face à Chung Dong-Young, éléphant de son parti aussi, dans le pauvre district de Dongjak (auquel appartient Heukseok-dong), qui n'en demandait pas tant.

Le district de Dongjak, c'est 200.000 habitants, seulement 2 lycées (il en faudrait 10), et l'immobilier y est deux fois moins cher que dans le quartier voisin de Seocho. Je ne sais quel obscur stratège politique a décidé que c'était un district clé de la prochaine élection, et qu'il fallait le gagner absolument en y envoyant des champions ; voilà à présent nos deux Chungs occupés à y faire quotidiennement les marchés pour trouver des mains à serrer.

Chung Mong-Joon a promis de raser les vieux quartiers – petites ruelles de maisons non pas traditionnelles mais plutôt de vieilles villas de deux ou trois étages, possédant un certain charme malgré tout - pour y construire des "new town", c'est à dire des barres d'appateuhs. Ce qui ferait monter la valeur de l’immobilier du district, donc intéresse tous ceux qui y sont déjà propriétaires d’un appart. Attaché à mon cabanon dans ma ruelle, je préfèrerais autant que les habitants de Dongjak se choisissent comme député le Chung au blouson vert fluo.

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mercredi, mars 19, 2008

Haut les mains

Retournons quelques instants dans le monde véritablement merveilleux des chorégraphies de la K-pop. Un groupe de jeunes lycéennes, les Wonder Girls, a fait un énorme carton l'année dernière. Vidéo de leur tube "Tell Me":



Un succès fracassant, qui a suscité de nombreuses imitations de fans, qui répètent les mouvements originaux des danses de ces lolitas coréennes pour ensuite poster ca sur le net. Ce qui donne, chez les fans les plus inattendus, des trucs hilarants :



Fabuleux. Et on s'étonne ensuite que les Coréens aient du mal à respecter leur police.

(re-merci à Annie pour les liens)

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mardi, mars 18, 2008

Chung Dong-Young prend le 151

C'est la campagne électorale en ce moment, les elections législatives auront lieu début avril.

Et ce matin, à mon arrêt de bus habituel, situé en plein coeur du vieux quartier de Heukseok Dong, je suis tombé nez à nez avec Chung Dong-Young, le candidat malheureux du principal parti d'opposition (United New Democratic Party – 대통합민주신당) lors des dernières présidentielles en décembre 2007.

Il était vêtu d'un blouson vert fluo pour qu'on ne puisse pas le rater, et serrait toutes les mains qui passaient. Accompagné par quelques membres de son parti qui répétaient : “c'est Chung Dong-Young !” pour ceux qui l'avaient pas reconnu, il alpaguait tout ce petit monde pressé qui ne voulait surtout pas rater son bus. Un peu frustré, il est même monté quelques instants dans le bus poursuivre des mains qu'il n'avait pas pu serrer, a fait une courbette, et est ressorti.

C'était une scène assez poignante finalement, et j'avais de la peine pour lui. Chung a été ministre de l’unification il y a quelques années, et j'aurais bien aimé lui parler un peu... De toute facon j’étais à la bourre, et je me sentais ridicule dans mon costard mal ajusté et à la main l'énorme sac poubelle rempli de vêtements que Sang m'avait donnés pour le père Bordo.

Un matin définitivement surréaliste, comme seul Heukseok Dong sait en offrir.

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lundi, mars 17, 2008

Les Coréens ont inventé la tektonik

La danse que voici est apparue il y a déjà quelques années en Corée du Sud, et s'appelle la Bokko Dance. Je vous laisse juges :



CQFD ! Pour info, la musique, c'est un remix de celle, obsédante, qu'on trouve sur toutes les vieilles machines à pince de fêtes foraines, omniprésentes dans les rues de Corée, et sur laquelle jouent les mecs bourrés en fin de soirée.

Merci à Annie pour cette belle découverte !

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dimanche, mars 16, 2008

Nuit et jour – Hong Sang Soo à Paris

Vu hier le dernier film de Hong Sang Soo, Nuit et Jour (밤과낮). La quasi-totalité du film se passe en France : le personnage principal, un peintre de Séoul qui fuit la Corée quelques semaines pour éviter des ennuis avec la police suite à une histoire de cannabis, se réfugie à Paris. Désoeuvré, il se ballade avec son sac à dos Eastpak sous le ciel gris, et rencontre l'univers des Coréens de Paris : minbak (petit hotel chez l'habitant), restaurants où la bouteille de soju coûte une fortune, petites étudiantes coréennes en art un peu perdues et prêtes à se laisser séduire.

En dehors du décor, rien de bien nouveau chez Hong Sang Soo. Le film met en scène son habituelle comédie humaine, les gênes et la gaucherie des relations, l'impossibilité de se comprendre, les désirs mal assumés et mal consommés, la lâcheté, la stupidité parfois. Et pour sauver tout ça, la beauté des filles. La froideur qui caractérise toutes ses oeuvres est bien sur présente, et finit à la longue par lasser (le public coréen boude d'ailleurs ses films depuis de nombreuses années).

Je retiens tout de même quelques scènes intéressantes, notamment cette rencontre, impossible dans un autre endroit, entre le héros et un jeune Nord-Coréen, (mal) joué par un acteur de série télé affublé d'un pins à drapeau et d'un accent supposé nordiste. Commencée autour d'un café, brave tentative pour essayer de mieux se connaître, la rencontre entre le Sudco et le Nordco se finit, littéralement, par un bras de fer. Une scène assez drôle, et dont la seule interprétation à laquelle j'arrive est : qu'ils viennent du nord ou du sud, les deux sont décidément aussi cons l'un que l'autre.

Dans l'univers de Hong, les Sud-Coréens ont déjà suffisamment de mal à se comprendre entre eux pour que l'on puisse espérer quoi que ce soit dans leurs relations avec les frères du Nord.

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jeudi, mars 06, 2008

Tortue vidéo

Petite exposition à l'aéroport d'Incheon ; belle installation de l'artiste sud-coréen Paik Nam-June (1932-2006).

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dimanche, mars 02, 2008

Le goût de l'imperfection

Week-end à Gyeongju sous le ciel bleu. C'est toujours un plaisir de retrouver cette ville basse et silencieuse, parcourue de ruelles minuscules et tortueuses. J'aime me promener dans ce calme dédale aux perspectives de toits traditionnels enchevêtrés au bout desquelles on aperçoit invariablement un morceau de temple, ou l'un des innombrables tumuli – royaux bien entendu – qui parsèment la ville.

Un court voyage qui est une nouvelle occasion de me rappeler que, au contraire du Japon lissé, méticuleux, impeccable et scrupuleusement parfait, la Corée a le goût de l'imperfection. Bols en céramique volontairement bosselés et sur lesquels les traces de doigts de l'artisan sont encore visibles. Tombes royales au sommet desquelles on laisse pousser de grands arbres. Au milieu de la cour intérieur de cet hôtel traditionnel, petit jardin de vieilles pierres et de roseaux, on trouve une affreuse chaise en plastique vert écaillé par les pluies. Dans ce superbe restaurant, à la table débordante de plats colorés et succulents, la louche pour servir la soupe est ébréchée. Et la lanterne en papier calligraphié au plafond est déchirée.

Qu'on ne vienne pas me dire que ce sont des détails fortuits : je suis sûr que les Coréens le font exprès.

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