jeudi, mai 31, 2007

L'oncle d'Amérique

Cela fait plus de deux ans que je vais régulièrement faire laver ma chemise au pressing du coin ; à chaque fois, étant l'un des seuls étrangers du quartier, le propriétaire ne prend pas la peine de me demander mon nom. J'imaginais qu'il ajoutait à la chemise une étiquette "étranger" pour s'y retrouver.

Et bien j'ai découvert cette semaine qu'en réalité, sur l'étiquette qu'il attachait à ma chemise, il avait écrit "미국 (illisible) 아저씨", ou l'"adjochi américain". Je sais qu'en Corée tous les étrangers de type caucasiens sont en général pris pour des Américains, mais tout de même, après tant d'années… et puis l'utilisation du "adjochi", réservé aux personnes d'une génération au dessus de la mienne (la signification originale est "oncle") m'a fait un petit peu mal au coeur.

Je ne pensais pas avoir vieilli si vite.

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jeudi, mai 24, 2007

Expositions coréennes à Paris (2)

Toujours du même Lunettes Rouges du Monde, un article sur une exposition d'une vingtaine d'artistes coréens à Paris.

(Dessin de Lee So-Yeun)

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mercredi, mai 23, 2007

Les chemins du Halla-san (extraits)

Je suis vraiment débordé en ce moment, et j'ai peu de temps pour actualiser le blog. Autant en profiter pour mettre en ligne quelques extraits des chemins du Halla-san de Nicolas Bouvier, un texte plutôt court mais qui recèle les plus belles descriptions de la Corée et des Coréens que j'ai pu lire. Bouvier a visité la Corée en 1970, et publié ce texte dans son recueil Journal d'Aran et d'autres lieux en 1990.

Nam-won, fin d'après-midi

C'était une femme trapue, sans âge. Lorsque je l'ai vue arriver du bout de la place, je n'en ai pas cru mes yeux : elle portait sur le dos une machine à coudre à pédalier gigantesque, retenue par un bandeau frontal. La force physique des Coréens, comme celle des Turcs, est proverbiale : tout de même, avec le socle, au moins quatre-vingts kilos… et vouloir monter dans le bus avec un objet aussi volumineux ! C'était une de ces augustes mécaniques de style, disons, ptolémaïque, qui vous font vivre toute une famille et valent leur pesant d'or. Ce n'était pas demain la veille qu'on aurait pu séparer ces deux-là. Coudoyant, suppliant, menaçant, poussant de la tête et des hanches, sanglotant, elle a tout de même amené son colis jusqu'à la banquette du fond où nous nous sommes terrés pour lui faire place. Elle s'est assise en soupirant
Aï ! chuketta ! (Ouf ! je crève) puis, son coup réussi, s'est mise à sourire...

... Même sans être aussi chargés, les Coréens fondent en larmes à propos de bottes. L'instant d'après, ils ont tout oublié ; la terre a retrouvé son axe. Ils papotent alors avec les voisins, écrasent un pou trouvé dans une couture ou s'occupent à extraire un point noir de leur nez. Ils ont beau pouvoir vous annoncer en souriant la mort de leur père et être plus durs que silex, n'importe quelle bluette, évocation élégiaque d'amours contrariées ou de lune décroissante vous les met sur les genoux. Vingt siècles de confucianisme rigoureux les ont sans doute raidis et empesés mais sans rien changer à leur nature profonde. Peuple rapide, lyrique, jongleur, émotif et qu'un rien fait craquer. Puis qui se reprend tout de suite : les larmes sont à peine séchées qu'ils repartent à fond de train. Qui vient du Japon doit se faire à cette mobilité dont les Coréens n'ont d'ailleurs nulle vergogne.
Nun-mul de opnum saram (un homme qui ne sait pas pleurer) est indigne de confiance, c'est juste un mauvais cœur, autant dire : un vaurien. Et ce n'est certes pas qu'ils manquent de nerf : aucun peuple d'Asie n'a traversé guerre aussi atroce en conservant autant de mordant et d'entrain. C'est que pleurer les décharge électriquement comme les poissons gymnotes ou certaines anguilles. Il faut voir l'air dispos et comblé qu'ils ont après.

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samedi, mai 19, 2007

Dans le métro (2)

Qu'est-ce qu'on trouve comme conneries dans le métro de Séoul... petites affichettes photocopiées découpées en petits rectangles et déposées à la sauvage un peu partout, papiers distribués par des fous de Dieu vociférant leurs menaces pour l'au-delà, journaux gratuits du matin abandonnés sur les portes bagages...

Sur la photo ci-contre, mon butin de la semaine: un prospectus pour le site web godsdirectcontact.or.kr, des papiers d'agences matrimoniales, et enfin la carte d'une agence spécialisée dans les mariages avec les jeunes vierges vietnamiennes, une de plus !

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vendredi, mai 18, 2007

Premiers trains entre les deux Corées

Deux trains viennent pour la première fois depuis juin 1951 de traverser la frontière entre le Nord et le Sud. Ces voyages, l'un à l'est, l'autre à l'ouest, étaient effectués à titre d'essai pour tester l'interconnexion des réseaux ferroviaires ; à bord de chaque train se trouvaient 50 Coréens du Sud, 50 du Nord. Il faudra sans doute attendre un peu pour dire si c'est une date historique dans les relations entre les deux pays ; c'est en tout cas un symbole très fort.

Ci-dessous, un reportage de la chaîne japonaise NHK.



A très long terme, il devrait donc être possible de rejoindre Paris de Séoul en train !

(photo Reuters)

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lundi, mai 14, 2007

Les formidables aventures de Lewis Trondheim à Séoul

Bonne nouvelle ; Lewis Trondheim est de retour sur le web, pour un blog politique cette fois.

Pour rappel, c'est Lewis Trondheim qui, sous pseudonyme, avait publié en ligne il y a deux ans le journal de Frantico, dessinateur de BD un peu perdu et obsédé sexuel assumé (attention, certaines pages sont largement not safe for work comme on dit), qui avait passé notamment quelques jours, et quelques planches, à Séoul.

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jeudi, mai 10, 2007

Poisson chat

Les jeunes Coréens sont très habiles à "coréeaniser" les innombrables anglicismes qui envahissent leur vie quotidienne. Avec l'anglais, ils s'amusent à des détournements de sens, des jeux de mots, ou s'aident de simples traductions via les caractères coréens.

C'est ainsi que Starbucks est parfois appelé 별다방 ; littéralement le café étoile... (Un 다방 - tabang - est à l'origine un café à l'ancienne, où les serveuses sont en minijupe et doivent discuter avec les clients. Les tabangs ont complètement disparus de Séoul, mais on en trouve toujours à la campagne.) Coffee Bean est ainsi fort logiquement transformé en 콩다방, le café grain.

J'ai appris aujourd'hui que les jeunes coréens appelaient un PC방 (PC Bang, ou café internet) un 물고기방 (une salle poisson). La prononciation de "PC" en coréen, "피씨", ressemble en effet beaucoup à la prononciation coréenne du mot anglais "fish". (en coréen le son f n'existe pas et est remplacé par un p, et les syllabes doivent souvent finir par des voyelles. Fred devient ainsi 프레드, "peu-rae-deu"). Et hop, le tour est joué. 물고기방, la salle aux poissons.

Un bel exemple de réappropriation du langage... et un joli casse-tête pour comprendre certaines conversations: "mais pourquoi ces lycéens parlent-ils de se donner rendez-vous à la poissonnerie ?"

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mercredi, mai 02, 2007

Pages manquantes

Le temps est superbe depuis quelques jours, et le printemps est enfin arrivé sur le campus ; je n'ai hélas pas le temps d'en profiter et je viens de passer deux après-midi dans la grande bibliothèque de SNU à me noircir les doigts sur les pages des archives du Monde, 81-86, période qui recouvre la visite du candidat Mitterrand à Pyongyang en 81 et la tentative avortée de reconnaissance diplomatique de la Corée du Nord qui a suivi son élection. (Rapport provisoire à rendre la semaine prochaine). En parcourant les éditions de juillet 80, surprise : la page où se trouve l'article qui traite du passage en cours martial de Kim Dae-jung (chef de l'opposition démocratique à la dictature militaire, futur président et prix Nobel de la paix) est manquante (manchette en haut à gauche sur la photo). Une autre sur le même sujet dans le journal du lendemain a aussi disparu.

Pages arrachées par un étudiant ? Censure exercée par la dictature, ou la direction de l'université de l'époque ? Pas nécessairement, puisque l'entrefilet du 15 février 81 faisant référence à Mitterrand décrivant Kim Il-sung comme un homme "ayant beaucoup de bon sens, beaucoup de réalisme" est, lui, resté intact. (pour information, Mitterrand était accompagné de Gaston Deferre et... Lionel Jospin.)

Je signale les pages manquantes à la documentaliste. Coups de fil de partout, branle-bas de combat. Connaissant le dynamisme des Coréens quand ils décident de prendre les choses en main, je pense que je vais retrouver demain l'intégralité des archives du Monde depuis 45, en triple exemplaires flambants neufs et suppléments télé inclus.

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