
Nous avons passé 2 jours à Namhae (남해), qui est une grande île reliée par un pont à la péninsule coréenne. La côte sud est très morcelée, ce qui rend les paysages superbes ; il y a toujours, à l'horizon, d'autres îles, et on voit rarement la pleine mer. Le temps était superbe.

Nous avons longé la côte, nous arrêtant dans de petits villages pour y prendre des photos et nous y promener. Nous visitons le petit village de Gacheon (가천), célèbre pour son paysage de cultures en terrasse (ail au printemps, riz en été).

Et aussi pour ses très génitaux rochers Amsu (암수바위, qui signifie masculin-féminin) auxquels on dédie une cérémonie tous les ans, le 23ème jour du 10ème mois lunaire, pour obtenir récolte abondante et prospérité. On vient aussi y prier pour avoir des fils, et beaucoup de poissons (dixit l'affichette touristique posée à côté).
Sur la route, un Hilton Resort flambant neuf défigure le paysage ; horreur architecturale hors de prix où l'on peut venir jouer au golf en regardant les paysans trimer dans les champs quelques mètres plus loin.

Nous croisons un paysan qui laboure son champ avec un bœuf ; je crois rêver... c'est ce pays qui vient de signer un FTA avec les Etats-Unis. Nous descendons de voiture et discutons un peu avec lui. Ses enfants ont réussi, ont quitté le village et lui envoient de l'argent pour vivre. Mais il s'ennuie et continue de travailler son champ, pour le plaisir.
Nous arrivons le soir au village de Mulgeon (물건), d'où nous devons partir pêcher le lendemain. Nous dînons dans un restaurant minuscule du village, trois tables en formica et une antique télé Goldstar. La patronne et sa cuisinière, la quarantaine, la peau brune et tannée, la voix forte et un accent prononcé, curieuses (pensez, un Français à Mulgeon !) et joviales, ne cessent de nous ramener des plats gratuits. C'est la fin de la journée, elles s'assoient à la table d'à côté et vident quelques verres de soju. On bavarde. Quand elles apprennent le prix que nous fait payer le voisin pour une demi-journée de pêche, c'est l'indignation. Comment ! Demander un prix pareil ! Et à des étudiants en plus ! "Vous avez déjà payé ?" – première question, pragmatique. Non, nous n'avons pas déjà payé. Et voila mon ajuma qui décroche son téléphone pour aller remonter les bretelles au voisin indélicat. Ca discute sec au bout du fil. Le ton monte. Ici, l'étranger doit être bien accueilli ; chercher à le tromper, c'est vraiment ne pas savoir vivre. Finalement, elle nous présente un autre pêcheur, un grand-père de 70 ans qui nous emmènera pour moitié prix.

Nous partons pêcher le lendemain. Je suis un pêcheur lamentable, et les poissons m'emportent trois lignes avant que je n'arrive à un attraper un, minuscule. Je n'arrive pas à le saisir pour le détacher de l'hameçon ; vif, il frétille et me glisse entre les doigts. Le pêcheur me regarde du coin de l'œil et se fout de ma gueule en douce. Puis il va chercher un couteau, brosse un peu le bastingage, y coupe en fines lamelles le poisson encore vivant et quelques autres fruits de mer qu'il sort de sa soute, de même qu'un peu d'ail, de la sauce au piment rouge, et une bouteille d'un litre et demi de soju. On trempe le poisson dans la sauce, et on mange. Difficile de faire plus frais... le poisson nageait encore il y a trois minutes. Le pêcheur a cinq enfants, quatre filles parties vivre à Séoul, et un fils à Pusan, qui viennent le voir deux fois par an. Lui est resté à Mulgeon avec sa femme. Il parait beaucoup moins que son âge. Chaque fois qu'il a un creux, il va se couper un petit poisson. Il a aussi une bonne descente, et me tend souvent son gobelet plein de soju.
Namhae était sans doute la meilleure partie de ce voyage. Beaucoup de superbes souvenirs. Nous partons le soir pour Geojae (거재).

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