jeudi, décembre 10, 2009

Copenhague : la Corée du Sud sauve le monde

Le sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, qui s'est ouvert lundi, inspire des analyses pour le moins étonnantes chez certains commentateurs sud-coréens :

This comes after Korea, a country not obligated to cut down carbon emissions, took a head start by announcing its dramatic reduction targets. Of course, it’s early for rosy projections, but if the conference produces results, it can largely be attributed to Korea’s preemptive plans.

Vivement que la Corée s'attaque au problème de la faim dans le monde. Et à la guerre.

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mardi, décembre 08, 2009

"Ninja Assassin" : circulez, y'a Rain à voir

Encore un grand film qui passera à la postérité.

"Blood" avec Jeon Ji-hyeon, "Speed Racer", avec le même Rain, "GI Joe" avec Lee Byung-hun : les acteurs coréens savent décidément flairer tous les bons coups à Hollywood.

Update - Puisqu'on parle de ninjas, à signaler cette petite perle dans le Joongang Ilbo :

There are people who criticize the fact that Koreans only seem to play the role of ninjas, but it should be noted that some Japanese wonder why they should be robbed of ninja roles in Hollywood by Korean actors. As Puccini’s opera “Madame Butterfly” helped sopranos of the East advance onto the world stage, the ninja characters in movies do the same for Korean actors.

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lundi, novembre 09, 2009

Yobosaeo cha cha cha – The Sound of Seoul

DJ Soulscape est l'un des musiciens coréens les plus excitants du moment. Ce DJ à la très vaste culture musicale s'est intéressé – entre autres projets - à la vieille musique soul coréenne des années 60 et 70. Il en a exhumé des titres extraordinaires et oubliés, qu'il intègre dans ses sets.

Comme il le dit lui-même : "les Coréens croient qu'il n'ont pas d'histoire musicale. Et bien, ils se trompent". En effet : funk, rock psychédélique, soul, variété, l'univers musical coréen de ces années, tombé aujourd'hui dans l'oubli, était riche. Et ces musiciens avaient un talent fou.

Présentation officielle du projet, intitulé The Sound of Seoul : "La péninsule coréenne de l'après-guerre était un véritable melting-pot où différentes cultures venues d'Extrême-Orient et d'Occident se sont télescopées. L'industrie musicale s'est alors développée de façon significative ; autour des bases militaires américaines s'étaient installés de nombreux clubs, et les musiciens qui y jouaient réinterprétaient à leur façon rock, jazz, soul, boogaloo, et autres. Cette musique absolument unique a été supprimée par la dictature militaire à partir du milieu des années 70, pour des raisons politiques ; elle a disparue depuis, et reste sous-estimée."

Ecoutez plutôt :


Fruit de cet extraordinaire travail de recherche, la musique de DJ Soulscape est jubilatoire. Vieux vinyls complètement rincés qui craquent et qui grésillent, cuivres triomphants, basses infectieuses, antiques et somptueuses voix ressuscitées, bluettes, reprises improbables et hilarantes : The Sound of Seoul est une plongée nostalgique et jouissive dans le Séoul des années 70, un âge d'or musical méconnu et que l'on se surprend à regretter.


(merci à Pierre pour m'avoir fait découvrir l'artiste, à Jeff pour le lien, et à Julien pour sa passion - contagieuse - pour la musique de l'époque)

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mardi, novembre 03, 2009

Murs dans le monde, les lignes de fractures

Reportage sur la division coréenne, diffusé lors de l'émission Le magazine de la rédaction de France Culture, disponible ici.

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lundi, novembre 02, 2009

La marque Corée

Publicité très révélatrice, qui passe en ce moment un peu partout. Destinée aux Coréens, elle leur demande de modifier leur comportement afin d'améliorer l'image du pays à l'étranger...



Slogan final : "La marque Corée, c'est vous qui la faites".

C'est intéressant de voir ainsi une pratique très courante en Corée faire le sujet d'une campagne télé : les Coréens veulent toujours que les étrangers – surtout les étrangers blancs, pour être précis - gardent une bonne image d'eux. Inconnus dans la rue prêts à aider le quidam perdu, patrons de restaus qui donnent des plats gratuits, ajummas rencontrées au sommet d'une montagne qui partagent quelques fruits, sourires, les exemples sont quotidiens.

La remarque vaut aussi pour la Corée du Nord : très souvent, nos guides se montraient réticents à nous montrer tel ou tel endroit, tel quartier de Pyongyang, telle rue. Non pas que s'y cachait un quelconque secret d'état, ou une base militaire : en dehors souvent de toute considération politique ou contrainte définie par sa hiérarchie, un Nord-Coréen, comme tout Coréen qui se respecte, rechignera à montrer à l'étranger de passage un aspect de son pays qu'il ne juge pas à la hauteur... un vrai problème pour le travailleur humanitaire, qui lui justement a besoin de voir le pire.

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dimanche, octobre 25, 2009

Images de la guerre de Corée


Le département américain de la Défense a mis en ligne de très nombreuses photos de la guerre de Corée. Des documents qui prennent a la gorge, et qui rappellent la violence inouïe d'un conflit qui a tué entre deux et trois millions de civils.

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samedi, octobre 24, 2009

La première dame de Corée du Sud assiste à un concours de bibimpap

La Corée du Sud a inventé la kimchi diplomacy. Et quand il s'agit de promouvoir le bibimpap, on ne rigole plus !

A gauche, la nouvelle première dame japonaise. A droite, Kim Yoon-ok, l'épouse de Lee Myung-bak.

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samedi, octobre 17, 2009

Retour de Pusan

"Le festival de cinéma de Pusan, c'est un peu le Cannes de l'Asie. Mais c'est pas Cannes. Heureusement que c'est pas Cannes, d'ailleurs." - Jean-Jacques Beinex, président du jury cette année.

Le festival finit aujourd'hui. Retour sur cinq jours pusannais agités, passés à sauter d'une séance à l'autre, à subsister à l'aide de petits fours, à bousculer des célébrités, à tenter de voir des amis pendant les blancs, et à se laisser porter.

Samedi soir, réception française ; les flashs crépitent, se concentrant autour de la paire de starlettes invitées, et de quelques augustes représentants de la culture française. Ignoré dans un coin, l'immense réalisateur coréen Im Kwon-taek, légende vivante qui a réalisé plus de cent films, dont le superbe Ivre de femmes et de peintures, regarde la scène, impassible. Au milieu d'un raffut de tous les diables, Anne-Marie Idrac remet la médaille de l'ordre du chevalier des arts et des lettres à la grande actrice Jeon Do-yeon, que l'on retrouvera quelques heures plus tard, s'éclatant comme une gamine sur le dance-floor du Novotel.

On croise beaucoup de Français, à Pusan. En terme de cinéma, les deux exceptions culturelles ont finalement beaucoup de choses en commun et de projets à partager. L'occasion par ailleurs de déplorer la baisse des quotas qui protégeaient les films coréens jusqu'en 2007. Une division par deux sous pression américaine. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2007, 120 films coréens sont sortis. En 2009, ce sera une petite quarantaine.

Sans parler de la qualité, et de la créativité, en berne. Il y a moins de bons films. Découvert par hasard une perle : Tokyo Taxi, l'histoire hilarante de deux Japonais tout perclus de politesse qui se rendent en taxi de Tokyo à Séoul. Vu aussi le dernier Hong Sang-soo, qui fait dans l'auto-dérision, maintenant. C'est plutôt réussi, du coup.

Pourquoi vient-on a Pusan ? Pour la plage, les célébrités entr'aperçues sur la Croisette locale, les films sans doute. Mais mieux vaut se lever tôt : samedi matin, il ne restait déjà plus un seul ticket disponible pour tout le weekend.

Et les films en sélection, quelle tendance ? Beinex: "Il y a quelque chose qu'on perçoit, c'est, vraiment, un grand pessimisme. Ces films décrivent un monde noir, difficile, un monde où il y a de l'exploitation, des difficultés entre les êtres, pas vraiment d'espoir. C'est un outil extraordinaire, le cinéma. Pour comprendre. Des choses qu'on ne comprend pas seulement avec des statistiques, des courbes de croissance."

Et de suggérer d'obliger hommes politiques et autres dirigeants du G20 à aller voir ces films. Pas une mauvaise idée.

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mercredi, octobre 14, 2009

Opération Lapin à la banque Woori

Ce matin, je me rends à ma banque, pour y régler quelques factures. Surprise : à la place des habituelles préposées au guichet, une rangée d'accueillantes bunnies, affublées de superbes oreilles de lapin roses, m'attend.

Inquiet de voir ma banque remplacée par un disneyland, je me rapproche du garde posté à l'entrée, qui porte son réglementaire pistolet à la ceinture, et un gigantesque nœud papillon jaune à paillettes.

"C'est Happy Day aujourd'hui, m'annonce-t-il. La banque Woori veut montrer à ses clients qu'elle les aime."

Pas sûr que ces derniers demandaient tant d'amour.

"Pour les prêts à long terme, voyez avec Bozo le Clown. Pour les marchés obligataires, c'est Monsieur Gropopo, bureau de gauche."

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dimanche, septembre 27, 2009

K63 reload

Le geek qui sommeille en moi a toujours rêvé de faire ce coup-là :



Pour ceux qui ne connaissent pas très bien Séoul : il s'agit de la tour K63, située à Yeouido, au centre de la capitale.

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lundi, septembre 07, 2009

Les scientifiques coréens ont le coup de main

Affiche placardée sur les portes des douches du KAIST, la plus prestigieuse université scientifique et technologique de Corée du Sud :


Fusée Naro, écrans plats, téléphones portables : si la Corée est devenue l'une des premières puissances technologiques mondiales, c'est donc à la force du poignet.

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jeudi, septembre 03, 2009

Nat-sul : la Corée au révélateur éthylique

Nat-sul, ou encore "Daytime drinking", est un film d'auteur tourné avec un budget plus que limité, et des acteurs (encore) inconnus. C'est aussi un film drôle et réussi, qui passe la Corée au révélateur le plus efficace qui soit, celui du soju...

Réalisé en 2008 par le jeune réalisateur Noh Young-sok, dont c'est le premier long-métrage, Nat-sul nous entraîne dans une odyssée affligeante, celle de Hyok-jin, un jeune Séoulite semi-dépressif qui vient de se faire plaquer par sa copine. Un ami, lors d'une soirée bien arrosée, réussit à le convaincre de partir à la campagne quelques jours pour se changer les idées : c'est le début d'un road-movie de looser, un voyage en plein hiver qui sera tout, sauf initiatique. Car Hyok-jin a le chic pour prendre systématiquement les mauvaises décisions, choisir le mauvais chemin, comprendre de travers ; au cours de ses consternantes pérégrinations, il va perdre successivement son sac, son portefeuille, son pantalon, et sa dignité. Et il ne tirera aucune quelconque leçon de ses malheurs.

Le film se déroule dans les montagnes de la province de Gangwon. C'est une véritable invitation au voyage, mais au voyage à la Nicolas Bouvier, à la dure, celui du temps perdu dans des gares routières grises et des gargotes crasseuses, celui des rencontres avec des personnages louches et des motels dépressifs. Une ode tordue au charme cafardeux des petites villes de campagnes de l'hiver coréen, désertes et solitaires, où le seul moyen de trouver du réconfort et de la chaleur humaine est de pousser la porte des petits restaurants, et de commander une bouteille de soju. La Corée de Nat-sul, ce ne sont pas les paillettes artificielles du Sparkling Korea vendu par l'office du tourisme local : elle sent la sueur et les vapeurs d'alcool, elle fatigue de ses conversations d'ivrogne, et on y finit assommé par le soju dans un karaoké miteux. Mais elle est vraie, vivante, et finalement attachante.

Hyok-jin est véritablement assailli par la bêtise de ses contemporains, et ce n'est pas la bouteille d'alcool que l'on sort à tout moment qui va arranger les choses. Tout juste les rend-elle plus supportables. Car l'alcool, sul en coréen, est le véritable sésame du film : il est le seul moyen de nouer des relations, de surmonter les gênes et les conventions sociales asphyxiantes, bref, de briser le carcan. Dans l'ambiance enfumée et sombre des suljib, l'atmosphère se réchauffe, les voix montent, les perles s'enfilent, tandis que les bouteilles vides s'entassent. Une peinture juste d'une société qui, pour affronter ses problèmes, a avant tout le réflexe de lever le coude.

Sorti en 2008, Nat-sul a été présenté à de nombreux festivals, et a même gagné divers prix à Jeonju, Locarno, et Vézoul.

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vendredi, août 21, 2009

Un dimanche après-midi à Inwangsan


Le soir tombe sur la colline shamaniste et sur Séoul. Un adjochi un peu gris fait face aux rochers zen.

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jeudi, août 06, 2009

Une tribu indonésienne choisit le hangeul pour écriture officielle

C'est une info KBS.

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vendredi, juillet 24, 2009

Pyongyang disco

Morten Traavik est un artiste norvégien. Il est venu en Corée du Nord pendant l’été 2008, une boule de disco sous le bras, pour un projet intitulé Discocracy.


Ses photos de lui et sa boule disco un peu partout dans Pyongyang sont pour le moins extraordinaires. Il a même réussi à en prendre une lors du défilé du 60ème anniversaire (imaginez un peu, passer les barrages, les contrôles, les portails anti-métaux, avec une boule disco...) D’autres sont dispos sur le site perso de l’artiste. Ne les manquez pas...

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dimanche, juillet 12, 2009

Barack au Ghana

Barack Obama, en visite au Ghana, a érigé la Corée du Sud comme exemple à suivre.

samedi, juillet 04, 2009

Publicité

Comme pour détourner l’attention après les quatre tirs de missile en mer de l’Est jeudi dernier, la Corée du Nord vient de sortir ce qui semble être son premier clip publicitaire pour de la bière, la Daedonggang maekju, la bière de la rivière Daedong.

On notera que ce n’est pas la première tentative nord-coréenne dans ce domaine : on peut trouver dans les rues Pyongyang depuis quelques années une poignée de panneaux publicitaires, pour les voitures Pyonghwa.



Un peu plus au sud, de l'autre côté de la frontière, une pub pour de la bière ressemble plutôt à ça :



Encore un petit effort !

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jeudi, juillet 02, 2009

PAM, un an après

Un an après le début de l’ambitieuse opération d’urgence menée par le Programme Alimentaire Mondial en Corée du Nord, une dépêche AP tire un bilan provisoire de son échec :

The World Food Program has received only 15 percent of the $504 million it needs to feed 6.2 million vulnerable North Koreans as the food situation worsens during a lean growing season before the November harvest, according to Torben Due, the WFP's representative for North Korea.

Due would not give a reason for the funding shortfall but said he understood that donors may be responding to the political situation in North Korea.

Cependant, c'est dès les premiers mois du programme - qui a débuté en aout 2008 - que le principal bailleur américain n’a pas tenu ses promesses de dons de nourriture. Quelques mois avant le début de la crise actuelle, donc.

Pour l'anecdote :

The North Korean government has also told the agency to scale back its operations, Due said, and to get rid of its Korean-speaking staff, which reduced the number of workers to 16 last month from the 59 agreed upon last year.

J’ai été le premier "Korean speaker" à partir, en octobre 2008. Le dernier a quitté Pyongyang la semaine dernière. Il me semble que c’est la première fois que la Corée du Nord annonce officiellement au PAM son refus d’accorder des visas à ses employés coréanophones.

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mercredi, juin 10, 2009

La Cité des Damnés

Quand les contraintes propres à KBS – faire la promotion du cinéma auprès du public francophone – se heurtent aux difficultés propres au chroniqueur – qu’écrire quand le film est tellement mauvais qu’il n’y a rien strictement rien à promouvoir -, cela donne le résultat suivant:

La Cité des Damnés - chronique du 26 mai 2009

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samedi, juin 06, 2009

Ordinary Life

Très beau spectacle de danse mardi dernier dans le cadre du MODAFE, un festival international de danse moderne organisé tous les ans à Séoul, qui présente a la fois des artistes reconnus et de jeunes talents coréens.

Sur scène, une centaine de petits tabourets rouges en plastique, de ceux qu'on trouve dans les saunas ; terrain de jeu des deux danseuses, qui les intègrent dans leurs mouvements et leurs interactions. Elles dansent autour, les envoient voler à travers la scène, s'affalent dessus. Petites briques ludiques d'un spectacle joyeux et intelligent.

Elles illustrent par leur danse des instants choisis d'une vie. Le ton et la musique sont festifs, le rythme soutenu ; les deux danseuses s'enlacent, s'éloignent, se poursuivent, miment l'ennui et s'écroulent, avant de repartir de plus belle semer la pagaille au milieu des tabourets. Le spectacle est excellent, très créatif, et réussit à être facilement accessible tout en restant artistiquement exigeant.

Le mur patiemment construit s'écroulera ensuite par petits pans, sous les envolées des deux danseuses qui virevoltent autour. L'une d'entre elle finira par se jeter au travers, et achèvera la démolition. Fin du jeu.

Ca s'appelait Ordinary Life.



[Photos de Djeppou]

Si vous êtes intéressés par les prochaines performances des deux artistes, Gong Yeong-seon présentera une nouvelle création, avec d’autres danseurs et 3 musiciens en live, le 22 juillet, au Arko Theater à Daehangno. Heo Hyo-seon, quant à elle, dansera au LG Art Center le 25 et 26 juin.

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samedi, mai 23, 2009

Roh Moo-hyun (1946 - 2009)

Roh Moo-hyun, 16ème président coréen (2003-2008), 62 ans, s'est suicidé ce matin en se jetant d'une falaise derrière chez lui.

Issu d'une famille très modeste, avocat autodidacte, défenseur des droits de l'homme et des activistes étudiants pendant les années de dictature, il avait été élu à la présidence par surprise en 2003.

De ses cinq années à la Maison Bleue, on se souviendra de son approfondissement de la politique de la main tendue à la Corée du Nord initiée par son prédécesseur Kim Dae-jung, d'un accord de libre échange avec les Etats-Unis controversé et toujours pas ratifié, de ses tentatives de réformes avortées, de ses difficultés de communication, et surtout de son étonnante capacité à se mettre à dos à la fois l'opinion public et l'establishment. Roh n'est jamais allé à l'université, et ne bénéficiait du soutien d'aucun réseau.

On soupçonne sa femme d'avoir joué un rôle déterminant dans le scandale de corruption dont il était accusé depuis deux mois. Lui qui se voulait intègre, cloué au pilori, il n'a apparemment pas supporté l'intense pression médiatique créée par cette affaire.

J'avais beaucoup de sympathie et de respect pour Roh, et cette nouvelle m'attriste vraiment.

La Corée est en deuil. Il aura fallu Lee Myong-bak et un suicide pour que les Coréens commencent à regretter un president qu'ils n'avaient pas su apprécier à sa juste valeur.

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jeudi, avril 23, 2009

Non, pas le lapin !

Première Urgence, afin de réunir quelques fonds pour financer son projet de cuniculture en Corée du Nord, a décidé de se lâcher un peu...


Pour info, la cuniculture, ce n'est pas l'art du cunnilingus – art que les Nord-Coréens maîtriseraient suprêmemement si l'on en croit ce site étonnant - c'est tout simplement de l'élevage de lapins.

Plus de détails sur les activités cunicultrices de PU sur leur site web.

Depuis 2006, le gouvernement nord-coréen encourage officiellement la production de lapins, afin d'enrayer le déficit alimentaire chronique dont le pays souffre. Cet effort compte même une initiative surréaliste célèbre, l'introduction de 12 lapins géants allemands, une tentative qui a fait long feu – les lapins géants se révélant bien trop voraces... ce qui ne faisait guère avancer le schmilblick.

Au-delà même du fait qu'elle soit encouragée par le Président Kim Jong Il, la reproduction de lapins présente de multiples avantages : viande riche en protéines, reproduction facile et rapide, des coûts d'infrastructures réduits et peu de suivi vétérinaire. De plus, sa fourrure peut faire l'objet d’un commerce et relancer ainsi l'économie de ces régions. Par ailleurs, cet animal est d'ores et déjà présent dans le pays et consommé sans réticence culturelle par les nord-coréens. [source : site PU]

Alors qu'au Sud on ne mange jamais de lapin, lequel est considéré comme un animal de compagnie bien trop mignon pour finir dans une assiette - un peu comme si vous vous voyiez offrir un bon civet de hamster - au Nord il m'est arrivé souvent de voir du lapin servi à table. Et les affiches de propagandes encourageant l'élevage de lapins sont nombreuses dans les campagnes.

[Elevons plus de lapins !]

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vendredi, mars 20, 2009

Une histoire encore plus triste que la tristesse

Voila un moment que je n'ai pas continué ma série de billets sur la Corée du Nord. J'y travaille, promis, et d'autres suivront bientôt !

J'écris à présent des chroniques sur le cinéma coréen pour KBS, la radio nationale coréenne, qui produit des émissions en français à destination du public francophone.

Le résultat est lisible ici. D'autres suivront, au rythme d'une chronique tous les vendredis, pendant l'émission Séoul au jour le jour.

Update: KBS est écoutable en France sur ondes courtes sur 6 145 kHz chaque jour de 19H à 20H TU.

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vendredi, mars 13, 2009

Photos de Corée du Nord

Je vous conseille vivement de jeter un coup d’œil à ces superbes photos prises en Corée du Nord, probablement par un expat en poste là-bas. Des documents récents et exceptionnels. Bravo à leur auteur.

[Comté de Kwaksan. Photo de Kernbeisser, tout droits réservés]

http://www.flickr.com/photos/kernbeisser/

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dimanche, mars 08, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (9) - Alerte à la bombe à Hyesan.

Hyesan, capitale du Ryangang, province du nord, tout près de la frontière chinoise. Nous sommes là pour une semaine, toute une équipe du PAM, trois expatriés, nos chauffeurs, et notre inséparable paire de traducteurs-guides-officiers de liaison.

Tensions dans l'équipe. Nous sommes en retard sur nos objectifs de monitoring. Notre demande d'autorisation pour des visites exceptionnelles durant le week-end a été rejetée, et nous allons manquer de temps pour visiter chaque comté. Dans ce contexte d'urgence alimentaire – ou supposé tel -, ce refus nous met en rage. Sans parler de la perspective grimaçante de passer deux jours consécutifs coincés à l'hôtel. Notre officier de liaison a traîné des pieds pour transmettre notre requête : "le samedi est consacré à l'étude, le dimanche au repos", a-t-il martelé. L'ambiance est à la fronde.

Le samedi matin, avec ma collègue, nous oublions de prévenir nos guides pour aller nous promener jusqu'à la grande statue du généralissime, dressée sur un promontoire au centre de Hyesan, à quelques centaines de mètres de l'hôtel. Les rues sont désertes. Nos guides nous avaient annoncé la veille que la province effectuait un exercice d'alerte à la bombe : dans la ville, la population toute entière est supposée se réfugier dans les abris souterrains, et s'y terrer pendant 24 heures. Pendant la nuit, des pétards ont même été tirés, sans doute pour rajouter un semblant de réalisme à l'exercice.

J'avoue que sur le coup, je n'y avais pas vraiment cru. La Corée du Nord manque certes de beaucoup de choses, mais jamais d'excuses foireuses pour nous consigner à l'hôtel. Et l'indigestion de couleuvres apprend le doute et la circonspection. Ce jour-là cependant, nous aurions du écouter nos guides : c'était jour d'alerte à la bombe.

Les rues sont donc vides. Pas un chat. Les passants, les vendeuses à bassine, les tireurs de carriole, les petits vieux assis en bas des habitations… tous ont disparu. Les magasins et les restaurants sont fermés. Ambiance de ville fantôme.

Nous croisons tout de même quelques âmes. Trois militaires en débardeur blanc fument assis au fond d’un camion et nous regardent passer, surpris. Une bande de gamins, bravant l'interdiction, jouent à se poursuivre dans la rue. Plus loin, sur une grande esplanade en face d'un bâtiment qui ressemble à un théâtre, une troupe de jeunes lycéens répète la chorégraphie de masse de la prochaine fête nationale.

Nous arrivons au pied de l'immense statue du père de la nation, tournée vers la ville de Hyesan, laissant la ville chinoise dans son dos. La vue est somptueuse. Nous sommes entourés par les montagnes, hautes et imposantes. Au pied du promontoire coule la rivière Amnok, ou Yalu pour les Chinois. De l'autre côté, la ville chinoise de Changbai, si proche, presque à portée de main. Le contraste est saisissant. Côté chinois, les routes ont été récemment goudronnées, et de grands panneaux de publicité sont visibles. Un seul pont, qui sert de poste frontière, traverse l'étroite rivière.

Les montagnes du côté coréen sont cultivées malgré la forte pente, parfois jusqu'au sommet. Celles du côté chinois sont couvertes de forêts.

Nous revenons sur nos pas et longeons l'avenue que l'absence de vie commence à rendre oppressante. Une voiture se fait entendre dans le silence derrière nous, parcourt la rue déserte, et s'arrête à notre hauteur. En sort un responsable du comité populaire local, qui semble peu étonné de nous trouver ici.

- Que faites-vous ici sans votre guide, nous dit-il très poliment. Vous devriez rentrer à l'hôtel. Je peux même vous déposer, si vous voulez.
- Non merci, c'est très gentil, mais nous préférerions découvrir la ville. Nous avons bien besoin de faire une promenade et de nous dégourdir les jambes, après autant de temps passé à l'hôtel.
- Ah oui, mais aujourd'hui, c'est journée alerte à la bombe, vous savez.
- Ah tiens. On va peut-être rentrer, alors.
- Ce serait mieux, oui. Je vous raccompagne ?

Nous rentrons.

Nous trouvons sur le perron de l'hôtel notre guide, en colère. "Vous ne pouvez pas sortir sans nous. Hyesan est une ville proche de la Chine, et c'est donc très dangereux. Souvenez-vous de ce qui s'est passé à Geumgangsan." L'accident de Geumgangsan – une touriste sud-coréenne abattue par erreur sur la plage par des soldats nord-coréens le mois précédent – était de récente mémoire. Mais je ne crois pas à cette menace, et je reste persuadé que nous n’avons pas couru le moindre risque.

Je ne peux pas dire que notre escapade jusqu'à la statue de Hyesan ait vraiment contribué à améliorer l’ambiance, dans l’équipe. Le reste du week-end est passé tout, tout lentement.

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samedi, février 28, 2009

Séoul dans ses ruines

Je viens de publier sur Orient ou Rien quelques photos prises à Yongsan le week-end dernier, un mois après la tragédie.

Le fait que j'écrive essentiellement sur ce qui me dérange au Sud, et ce qui m'amuse au Nord, ne doit pas tromper sur mes intentions : je ne cherche surtout pas à défendre un régime contre un autre. C'est juste qu'il est beaucoup plus intéressant intellectuellement d'écrire à contre-courant du cliché traditionnel Nord/Sud, Enfer/Paradis.

Malgré ses effroyables problèmes connus de tous, le Nord ne correspond pas nécessairement à l'image qu'en véhiculent les médias, prompts à préférer le sensationnel et à conforter leurs lecteurs dans leurs préjugés. Et puis la Corée du Nord, c'est loin, c'est inaccessible : quand on parvient à y venir en touriste – ou en diplomate – pour 5 jours, il est tellement plus facile d'y confirmer ses idées préconçues plutôt que de creuser un peu.

Quant au Sud... il est en train de nous apprendre que les acquis démocratiques peuvent être parfois plus fragiles qu'on ne le pense.

Je ne sais pas si ces précisions sont vraiment nécessaires ; sans doute sont-elles bonnes à rappeler.

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jeudi, février 26, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (8) - En métro, d’Etoile Rouge à Champs d’Or

Le métro de Pyongyang est sujet à de nombreux fantasmes. Il n’existerait pas, peut-on parfois lire. Il ne serait composé que de deux uniques stations, dans lesquelles on amène les visiteurs étrangers à des fins de propagande. Ses usagers seraient des figurants, qui, tels des mannequins de carton, seraient placés là les jours de visites de délégations internationales. La rumeur court qu’un fonctionnaire des Nations-Unies aurait un jour essayé de rentrer dans une station, et aurait trouvé porte close...

Fallait pas venir un jour férié camarade ! Le métro de Pyongyang existe, et il est composé de deux lignes, dont la première a ouvert en 1973. Le métro de Séoul a lui ouvert en 1974, un an plus tard : en pleine guerre froide, à l’époque où les Russes et les Américains se livraient à leur légendaire course à la Lune, les Coréens, eux, nous faisaient un concours de taupes.

En raison d’un grave accident lors de la construction de la ligne sous le fleuve Daedong, les deux lignes qui composent le réseau du métro Pyongangois n’ont jamais franchi la rivière, et se situent toutes deux sur la rive ouest. Le quartier diplomatique étant situé, lui, est sur la rive est, les étrangers ont peu d’occasions de l’utiliser. (Pour ceux qui désireraient plus d’informations sur le métro nord-coréen, je vous recommande le site suivant, qui est une vraie mine d’or : www.pyongyang-metro.com)

Un samedi, poursuivant nos excursions urbaines, nous avions garé nos vélos près d’une station, un bâtiment blanc et simple de forme circulaire, identifiable à son logo bleu et rouge figurant le caractère 지, afin de tenter la grande aventure : prendre le métro. En ce début de 21ème siècle, on cherche le frisson de l’aventure là où on peut.

Nous nous sommes approchés du guichet, un petit fenestron dans le bâtiment ouvrant sur l’extérieur, vaguement inquiets - la Corée du Nord est sans doute le seul pays où on se demande, avant de prendre le métro, si on a le droit ou pas. Un exemple supplémentaire de la paranoïa insidieuse qui nous gagnait tous...

Acheter des tickets s’est révélé plutôt simple, nonobstant les habituels problèmes de monnaie : la plus petite piécette que j’avais en poche, c’était une pièce de 100 wons (environ deux centimes d’euro), alors qu’un ticket coûte 5 wons... Quand je lui ai demandé trois tickets, la guichetière m’a lancé son lourd regard habituel, propre aux caissières en manque de monnaie.


C’est donc avec 20 tickets en main que nous sommes finalement entrés dans le mystérieux métropolitain Pyongyangois. Une officielle en uniforme a vérifié nos billets sans rien dire, et nous avons franchi les trois formidables portes blindées dont le rôle est de pouvoir transformer le métro en abri antiatomique à tout moment. Nous avons pris l’interminable escalator - le métro de Pyongyang est situé à plus de 100 mètres sous terre - qui nous a enfin amené sur les quais.

Chaque station de Pyongyang est décorée suivant un thème révolutionnaire : la victoire, la reconstruction, la réunification, le retour triomphal de la guérilla antijaponaise, etc. Les noms des stations exaltent la fierté nationale et portent les doux noms de Paradis, Etoile Rouge, Triomphe, Camarade, Fondation Nationale, ou encore Champs d’Or. A quelques exceptions près, ces noms n’ont d’ailleurs aucun rapport avec les noms de rues ou de quartiers en surface.

Les deux stations les plus impressionnantes sont celles de Reconstruction (Puhung) et Gloire (Yongwang), situées près de la gare centrale. Ce sont d'immenses halls richement décorés, où pendent de lourds plafonniers imposants. Des mosaïques ornent leurs murs, et représentent d’enthousiastes travailleurs et paysans, remplis d’ardeur et de foi révolutionnaire, allant reconstruire le pays à mains nus, sous la direction éclairée et bienveillante du grand leader.

D’autres montrent la ville de Pyongyang la nuit, éclairée, resplendissante et moderne. Ou encore des mosaïques d’usines, noires et fumantes, parcourues des gigantesques pylônes électriques zébrant des paysages industriels, des barrages hydro-électriques... Tout le fantasme d'une nation qui rêve de développement et d'industrie lourde.

Ces mosaïques sont constituées d’une myriade de petits carreaux de couleurs, et me rappelaient curieusement les graphismes colorés et pixellisés des jeux vidéo de mon enfance. Je me retrouvais devant ces immenses tableaux qui représentent l'idéal de vie nord-coréen... et je retrouvais soudainement cette saveur, ce goût d’enfance immanquable : le parfum oublié de ces heures entières passées, gamin, à jouer à Monkey Island. En ce début de 21ème siècle... on a les madeleines proustiennes de sa génération.

Le métro en lui-même est finalement décevant : des rames remplies d'étudiants, d'écoliers, d'ajummas et de costumés qui reviennent du travail, nous observant à la dérobée. A quoi s'attendre de plus, au fond ?

Les rames proviennent d'Allemagne de l'est. Si les graffitis sur les parois ont pu être effacées, les inscriptions en allemand gravées sur les vitres, elles, sont toujours visibles. Au fond de la rame, les deux immuables portraits des leaders contemplent les passagers.

A la station Puhung, un homme est arrivé droit sur nous, inquisiteur. Il venait savoir qui nous étions, et ce que nous faisions ici. Il tombait à pic : on avait justement besoin de quelqu'un pour nous prendre en photo.

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samedi, février 21, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (7) - La danse sur la colline

Un ami et moi étions partis pour une balade à pied derrière la zone diplomatique. C’était l’été. Le soleil écrasait les ruelles poussiéreuses du quartier de petites maisons basses au milieu duquel nous nous étions volontairement perdus. Des citrouilles poussaient sur les toits et, derrière les murets, une végétation touffue de légumes, sojas, pois, et maïs débordait des jardinets minuscules.

Un quartier pauvre et vivant. Des hommes passaient à vélo, dignes dans leurs impeccables et sombres costumes à col, droits et raides malgré les cahots et les nids de poules. Des gamins jouaient avec des bouts de bois dans les ruisseaux. Trois ajummas accroupies contre le muret qui sépare chaque maison de la rue vendaient des rubans de tofu baignant dans une sauce rouge, au fond de leurs immuables bassines en plastique. La chaleur accablante enveloppait ce petit monde et l’étouffait.

Nous avons acheté une bouteille de Sindoksan - la Volvic locale – dans une petite échoppe de quartier. Nous avons traversé un marché, animé et caché dans une ruelle boueuse. Nous avons gravi la colline de Munsubong, au milieu des quelques familles venues en pique-nique, et des gamins occasionels courant dans les bois. Nous avons finalement atteint le sommet de la colline, où nous avons trouvé, sous un pavillon en béton, une bonne vingtaines de grand-mères en costume traditionnel en train de danser.

Nous nous sommes approchés. Elles dansaient de la façon traditionnelle coréenne, en faisant essentiellement bouger les bras, les avant-bras décrivant de petits demi-cercles au dessus de la tête tandis que les pieds servent à se déplacer à petits pas cadencés autour des autres danseuses. Toutes arboraient des sourires radieux. Scène rare.

L’une des grand-mères tenait un petit tambour, et chantait. Son tambour imprimait le rythme de la danse. D’autres étaient assises sur le parapet du pavillon et entouraient les danseuses, tout en battant la mesure de leurs mains. L’ambiance était joyeuse. Les visages étaient rouges, effet de la chaleur et de quelques verres de soju.

A notre arrivée, la femme au tambour s’est arrêtée. Flottement. Et puis, l’air de rien, elle s’est mise à chanter Bangapseubnida. Bangapseubnida est une chanson archi-connue au nord – et meme au sud - et dont chaque visiteur est gavé jusqu’à l’écoeurement. Son thème est la réunification, et célèbre le jour où les Coréens se retrouveront. Bangapseubnida signifie "enchanté de vous rencontrer".

Une invitation, donc. Un peu craintifs, nous sommes montés dans le chapiteau bétonné. Une grand-mère plus hardie – ou éméchée – que ses copines nous a pris par la main, et nous a entraîné dans sa danse. L’assemblée s’est mise à rire. Des petits rires timides, vite devenus de bons gros éclats de rire francs. Et nous tournions sur nous-même, levant les bras et les baissant au rythme des chansons qui se succédaient.

D’autres grand-mères se sont jointes à nous. L’ami rigolait, très à l’aise au milieu de cette assemblée du troisième âge tournoyante et délurée. Des gamins qui passaient se sont arrêtés pour admirer le spectacle. Moment de grâce. Loin de la paranoïa ambiante, loin de la pesanteur et de l'anxiété insidieuse qui empoisonnait le quotidien, loin du stress d’un travail qui s’effectuait dans des conditions difficiles, nous dansions. Et cela suffisait au bonheur d’une poignée de mamys en goguette qui se posaient peu de questions.

Les Coréens sont un peuple accueillant, chaleureux, émotif et fêtard. Des souvenirs de voyages dans les campagnes au Sud me sont revenus. Ce que les Séoulites sont peu à peu en train d’oublier au pied des tours de verre ultramodernes de Gangnam, ou entre les barres d’immeubles trop propres des riches ghettos de Bundang, je l’ai retrouvé ici, au sommet de cette colline perdue en banlieue de Pyongyang.


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mardi, février 17, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (6) - Pour une poignée de bonbons

Pyongyang, à l'encontre de nombreux préjugés, est une ville qui offre quelques intéressantes possibilités de shopping : marchés bien sûr, mais aussi grands magasins, galeries, petites boutiques de quartier. Le choix ne manque pas, et j'y reviendrai. L'un des problèmes quotidiens de la vie nord-coréenne vient au moment de régler ses achats : comment payer ?

Les magasins en général n'acceptent pas les wons : pour les étrangers, la monnaie officielle est l'euro. Mais d'autres devises sont monnaies courantes, si je puis dire : on trouve très souvent des dollars, et parfois même des yuans chinois. Les magasins acceptent tout type de devises, et chaque serveuse de chaque magasin de chaque ville reculée du pays connaît par coeur tous les taux de change.

Les véritables difficultés arrivent au moment de rendre la monnaie. Parce que ce que serait trop facile. 2 euros 10 centimes. Le prix de la peur. Vous n'avez qu'un billet de 5 euros, et la caissière vous jette un regard noir, où se mêlent les reproches et la détresse, ses yeux embués par l'émotion vous signifiant votre cruauté sans nom. Elle ouvre son tiroir-caisse d'une main lourde ; dans une boîte en carton y traînent de grosses liasses de billets, et quatre piécettes faméliques.

Y'a pas de monnaie.

Ca énerve, surtout si ça arrive dans un magasin où vous venez tout le temps, et dans lequel vous prenez soin de payer à chaque fois avec de la petite monnaie. Vous savez donc pertinemment que des pièces et des centimes, ils en ont. Ou du moins, qu'ils en ont eu.

Et ce jour-là, pas de chance, tout ce que vous avez, c'est un billet de 5 euros.

Les experts se perdent en conjectures : où disparaissent les pièces ? Sont-elles fondues pour en extraire un métal précieux, destiné à quelque usage mystérieux ? Sont-elles mises de côté car, représentant des petites sommes, elles plus pratiques à dépenser sur les marchés ? Ou bien alors, comme le résumait si bien un ami, un jour d'énervement devant le visage navré de la serveuse à qui il venait de tendre 10 euros:

"Mais bordel, c'est quand même pas possible de jamais avoir de monnaie, vous les mangez ou quoi ?"

Le mal est endémique, et appelle à des solutions drastiques. Telle ONG de mes amis en était arrivée à demander à chacun de ses nouveaux expats débarquant à Pyongyang de ramener un bon gros sac de petite monnaie. Ce qui, on le conçoit, est idéal à transporter quand on prend l'avion, et qu'on doit changer à Pékin.

Mais les Coréens sont un peuple extraordinairement débrouillard et plein de ressources. Ils ont trouvé une solution : ils vous remboursent en bonbons. Non, tu ne rêves pas, ami lecteur. La Corée du Nord, ce n'est pas Alice au Pays des Merveilles, et on n'y règle pas ses achats en caramels ou en fraises tagadas.

Et pourtant. Quand il n'y a plus de monnaie, quand même les billets de 1 dollar ne suffisent plus, quand les yuans sont épuisés, il reste les bonbons.

Et nous les accumulions, ces petites boites à bonbons. De marque japonaise, de forme parallélépipédique, sous un emballage coloré, avec 5 petites boules de chewing-gums parfumés à la fraise, au melon, ou au raisin. Nous avions fini par connaître leur parfum par coeur, et ces foutues boites ont complètement envahi notre environnement : trois boites dans la voiture, deux qui traînent au fond d'une poche, d'autres entamées dans la cuisine, ou entre les coussins du canapé.

Le taux de change officiel en Corée du Nord se résume donc ainsi : 20 centimes d'euros = 35 wons = 5 bonbons. Car l'unité du bonbon est la boîte.

Pour s'acheter une crème de beauté Bomhyanggi au ginseng de Kaesong (8 Euros), il vous faudra donc débourser 200 bonbons. Et une nuit d'hôtel au Moranbong ne vous coûtera pas moins de 1500 bonbons.

Ou du moins c'est ce qu'on aurait pu penser a priori. Car la réalité nord-coréenne est autre, et le bonbon est une monnaie qui y possède une qualité unique au monde. C'est une monnaie à sens unique : si vous ne pouvez guère la refuser (ou alors vous repartirez sans votre monnaie), elle n'est acceptée nulle part. Aucune caissière d'aucun magasin ni d'aucun restaurant, ni même aucune vendeuse de glace de rue, ne voudra vous les reprendre.

Nous avons pourtant essayé de les refourguer partout, ces bonbons japonais. Même dans les lieux où nous allions tous les jours, et où le personnel nous faisait confiance et savait que nous n'étions pas du genre à leur mâcher la monnaie. Même en gardant précieusement intact le petit emballage plastique autour de la boite, nous essuyions des refus nets. Même pour acheter d'autres bonbons, ils ont pas voulu.

Les souvenirs sont pervers. Quelques mois plus tard, de retour au sud, j'ai trouvé dans un supermarché une cartouche complète (20 boîtes) de cette marque de bonbons. Je les ai acheté, en souvenir ému. Quand la caissière m'a rendu ma monnaie jusqu'à la dernière pièce, j'ai été étrangement déçu.

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jeudi, février 12, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (5) - Un Saint-Emilion au Tongil

Les marchés sont nombreux à Pyongyang, cachés derrière les blocs d’habitation, retranchés dans les ruelles. Chaque quartier possède son marché officiel, généralement facile à repérer grâce à son large toit de tôle ondulé bleu.

Les régulations qui y sont attachées changent souvent et dépendent de l'ambiance politique du moment. En 2007, une loi a été dictée selon laquelle seules les femmes de plus de 40 ans avaient le droit d’y travailler, "afin de ne pas divertir les forces productives de la nation". Pendant l'été 2008, les marchés ont subi une restriction supplémentaire, et n’ouvraient plus qu’à partir de 4 heures le soir.

En dehors des marchés officiels existe une myriade de petits vendeurs de rue, regroupés de façon informelle dans des ruelles un peu en retrait, ou au pied des barres d’immeubles. Des ajummas qui vendent dans des petites bassines en plastique cuites par le soleil des petits pains qu’elles ont cuisiné la veille, ou trois kakis. Les éternelles vendeuses de glaces et d’esquimaux crémeux, qui fondent instantanément et coulent sur les doigts. Des fripiers à l’étalage minimal, un pull en laine et deux marcels ; des réparateurs de vélos, des vendeurs de cigarettes. Dans les soupiraux des bâtiments, ouvrant sur des réduits en sous-sol, un cordonnier capable de ressemeler les pires godillots, un vendeur de nouilles, de patates douces, ou de petites bouteilles de gaz.

Un jour, nous avons même croisé un vieux monsieur qui vendait une œuvre d’art kitsch de son cru, un petit paysage miniature construit à l’aide de divers matériaux récupérés çà et là.

[Vendeuse de rue à Jongju. Photo de Kernbeisser, tous droits réservés ]

En théorie, seul le marché de Tongil ("Réunification"), situé dans le quartier du même nom, est ouvert aux étrangers. Mais en pratique, c’est comme partout sur cette péninsule schizophrène : ca passe.

Que trouve-t-on à sur un marché officiel nord-coréen ? De tout, en commençant par le plus évident : des vêtements (le plus souvent chinois), des fruits, des légumes, de la viande, du poisson, des animaux même. Du café, des épices, des biscuits au goût de poussière. De beaux carnets reliés à la main, des cahiers d’écolier, des crayons. Des BD pour gamins, imprimées sur du mauvais papier et narrant d’abracadabrantes histoires d’espionnage où les Américains ont le mauvais rôle.

Dans les allées, des rangées de papys vendent des vieux morceaux d’électronique récupérés je ne sais où : diodes, puces, transistors, condensateurs, barrettes de mémoire. Leur font face d’autres papys offrant bouts de tuyaux, vieilles montres, ou pièces de moteur rouillées. C’est le royaume de la récup, où tout a une valeur, même minuscule. Une grand-mère revend des bouteilles en plastique vides.

Et puis, un jour de flânerie, une divine surprise : négligemment posée au milieu d’un alignement de bouteilles d’alcools russes et de sodas chimiques à l’orange, se dresse une bouteille de Saint-Emilion, grand cru millésimé 85. Incrédules, nous demandons à voir la bouteille de près. Nous scrutons l’étiquette écornée et brunie, palpons le verre, sentons le bouchon, comme si cela pouvait nous aider à deviner son contenu. On dirait une vraie. Nous demandons le prix.

C’est deux euros, nous dit la vendeuse. A ce prix-là, nous ne prenons guère de risque : nous achetons notre trésor, et le ramenons à la maison sans y croire vraiment.

La bouteille est restée plusieurs jours, intacte, sur le buffet de la cuisine. Trophée que nous n’osions ouvrir, de peur de perdre nos illusions : et si c’était du vinaigre ? La déception aurait été cruelle, la joie de cette improbable découverte, gâchée. Ce vin était tellement plus précieux ainsi.

Et puis bien sûr, un jour, nous avons du l’ouvrir. Ce Saint-Emilion trônant dans la cuisine, intouché et intouchable, au pays du soju tord-boyaux et de l’alcool de serpent, attirait la convoitise. "Bon l’unité un, on va attendre encore longtemps avant de la boire, votre foutue piquette ?" Nous avons cédé.

Le vin était authentique. Un très long bouchon de liège – c’est déjà bon signe - et un breuvage excellent, dont le goût est devenu bien meilleur après quelques minutes d’attente. Un vrai grand cru.

Nous avons couru au Tongil le samedi suivant, et nous nous sommes partagé la fin du stock (5 bouteilles) que l’ajumma nous a vendu, toujours pour deux euros.

Trouver ainsi une bouteille de vin de cette valeur dans un petit marché de Pyongyang me laissait profondément rêveur. Comment ces bouteilles ont-elles pu échouer ici ? Par combien de mains sont-elles passées, qu’est-il arrivé leurs anciens propriétaires ? (et au reste de leur cave ?) A imaginer le parcours de cette bouteille, il y aurait un livre à écrire, et tellement de destins à raconter.

Deux semaines plus tard, confiant, j’ai acheté trois bouteilles de Mouton Cadet, dénichées sur un étalage similaire dans un marché voisin. Je les ai ramenées, fanfaronnant, à une soirée d’expatriés. Las ! A l’intérieur, un épouvantable jus de raisin. Les bouteilles originales avaient été vidées, rebouchées, et recapsulées. Je n’ai plus jamais trouvé d’autres bons vins dans aucun des nombreux marchés de Pyongyang.

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